APRES LA GUERRE CIVILE
Springfield (Illinois), l'ancienne demeure de Lincoln, toutes les stations du chemin de fer étaient tendues de noir et remplies de gens en deuil. Mais ce qui attesta la force de la République, c'est que cette mort inattendue du chef de l'État ne produisit ni désordre, ni révolution nouvelle. Le vice-président, Andrew Johnson, de Tennessee, remplaça immédiatement Lincoln, et les rouages du gouvernement continuèrent à fonctionner sans aucune interruption. Cependant le nouveau président avait des devoirs compliqués à remplir. Il est vrai qu'en revanche, certaines difficultés qui avaient paru d'abord inextricables se dénouèrent commepar enchantement. On avait prédit, par exemple, que l'armée des volontaires, qui ne comptait pas moins d'un million d'hommes, ne rentrerait pas aisément dans la vie civile et garderait des habitudes guerrières dangereuses pour la tranquillité du pays, Cette crainte était sans fondement. Soldats et officiers déposèrent leurs armes avec joie pour reprendre les travaux paisibles auxquels la guerre les avait arrachés. Mais il fallait pourvoir à l'amortissement d'une dette énorme et proposer, dans ce but, des emprunts et des taxes, et puis toute la région naguère en état de rébellion devait être réorganisée pacifiquement, et les opinions étaient fort divisées sur les moyens à employer pour cela. Les uns pensaient que les États sécessionnistes avaient le droit de revenir à l'Union avec leurs anciennes prérogatives, et sans conditions nouvelles ; d'autres prétendaient qu'en se séparant violemment, ils avaient perdu leurs droits en tant qu'États et que, par conséquent, le gouvernement devait les traiter à sa guise, comme de simples territoires ; mais ni l'un ni l'autre de ces systèmes ne prévalut. Pour commencer, le président lança une proclamation ac-
IIISTOmE DES ETATS-UNIS.
cordant l'amnistie à la plupart des anciens rebelles. Le congrès établit ensuite le Bureau des Affranchis destiné à pourvoir aux besoins les plus pressants des classes loyales et souffrantes, blanches ou noires, dans les États du sud. L'esclavage fut formellement aboli par un amendement ajouté à la Constitution des États-Unis. Un autre amendement fut passé en vue de l'admission future des gens de couleur à jouir des droits de citoyens. Enfin, des « actes de reconstruction » rétablirent les sécessionnistes à leur rang dans l'Union, à la condition toutefois qu'ils annuleraient leurs actes do sécession, qu'ils déclareraient nulles aussi toutes les dettes contractées en combattant contre l'Union, et qu'ils adopteraient l'amendement constitutionnel qui abolissait l'esclavage. Le nouveau président était très opposé à sanctionner de pareilles conditions, car il jugeait, pour sa part, que les États sécessionnistes avaient le droit de rentrer à une époque ou à une autre, sans contrainte, dans le giron de l'Union. II opposa donc son veto à plusieurs de ces mesures ; elles passèrent malgré lui, mais il en résulta une hostilité croissante entre le président et le Congrès. On en vint jusqu'à le mettre en arrestation afin de provoquer par là sa retraite du pouvoir.
Pour la première fois depuis la fondation du gouvernement américain, un président des États-Unis fut traduit devant le Sénat transformé en haute cour de j ustice, avec le grand juge de la Cour suprême comme président.
Dans les procès politiques de cette nature, il faut un vote des deux tiers au moins du Sénat pour entraîner la condamnation. Faute d'une seule voix, Johnson ne fut point dépossédé; il ne devait pas être toutefois réélu président.