ADMINISTRATION DE JOHNSON
Sous son gouvernement et celui do Lincoln s'étaient produits des événements plus graves que tous ceux qu'avait précédemment enregistrés l'histoire, depuis la création de la République des Etats-Unis. Une guerre civile formidable avait eu pour dénouement l'abolition de l'esclavage, abolition sanctionnée d'abord par une proclamation présidentielle, puis par un amendement constitutionnel. Certes, le plus clairvoyant des philanthropes n'eût osé espérer qu'il vivrait pour assister à un tel résultat. En outre, trois Etats furent annexés à l'Union : 1" la Virginie occidentale, distraite de la « vieille possession » et admise comme Etat séparé en 1863, ceci à la requête des habitants demeurés loyaux et fidèles pendant la guerre ; 2° la Nevada (1864\ tirée du territoire cédé par le Mexique, et ainsi nommée de la Sierra-Nevada ou Montagnes-Neigeuses; 3° le Nebraska (1867), détaché de l'acquisition louisianaise, et dont le nom vient d'un mot indien qui veut dire : rivière peu profonde. De plus, la grande région dite Alaska fut achetée au gouvernement russe en 1867, moyennant la somme de 7,200,000 dollars; bien que cette contrée semb ât ne pouvoir être habitée que par une population d'Esquimaux, on la considérait néanmoins comme d'une grande valeur à cause de ses fourrures. Sa superficie, d'environ un demi-million de milles carrés ajoutée à la superficie totale du territoire des États-Unis, fit monter celleci à un peu plus de trois millions et demi de milles cariés, au lieu de 820,680 milles qu'il comptait ai; début.
Les treize Etats originaires n'avaient que trois millions d'habitants ; il y a aujourd'hui (1870) trentepest États, plus douze territoires, avec une population de trente-huit millions d'âmes au moins.
Le président élu après Johnson fut Ulysses Grant Cdc l'illinois), qui par des services signalés dans Ja guerre de sécession avait conquis la reconnaissance de tous. Il arriva au pouvoir en 1869 et fut réélu en 1873. Les événements accomplis sous son administration sont donc trop récents pour pouvoir être appréciés d'une manière équitable et complète. Il y aurait cependant beaucoup de choses remarquables à enregistrer. Tous les États sécessionnistes sont rentrés finalement dans l'Union. L'énorme dette contractée pendant la guerre s'est de beaucoup amoindrie; on en a payé plus d'un cinquième (six cents millions de dollars). Un amendement à la Constitution déclarant que le droit de suffrage ne pourra être refusé à aucun citoyen des États-Unis, quelle que soit sa race, sa couleur ou sa condition sociale antérieure, est adopté depuis le 30 mars 1870, ayant été proposé par le Congrès et ratifié par les trois quarts des États. Un traité a été conclu avec la Grande-Bretagne (8 mai 1871) portant qu'un Congrès international serait tenu à Genève pour régler toutes les réclamations des États-Unis au sujet des dommages causés par les corsaires confédérés qui s'étaient réfugiés et radoubés dans les ports anglais. Le Congrès a décidé que quinze millions et demi de dollars en or seraient payés par la Grande-Bretagne, ce qui fut fait en 1873. Voilà un résultat encourageant pour ceux qui espèrent que les guerres finiront par cesser peu à peu, et que les différends dus nations, comme ceux des particuliers seront tranchés un jour par des tribunaux réunis à cet effet. Il n'y avait jamais eu jusqu'alors, dans l'histoire du monde, un exemple aussi éclatant d'arbitrage pacifique.
Près de dix années se sont écoulées depuis la fin