QUATORZIEME LEÇON
Messieurs,
Nous avons vu que les Américains avaient établi le principe de la représentation directe, qu'ils avaient considéré le droit électoral comme une fonction que la loi pouvait régler, et qu'ils avaient adopté un principe qui ménageait à la fois l'indépendance des États et la souveraineté fédérale. Ce principe est celui-ci : Quiconque est électeur dans un État, pour la chambre la plus nombreuse, est électeur fédéral. C'était à la fois ménager tous les intérêts et laisser la porte ouverte aux améliorations. Les changements qui se faisaient dans les Etats profitaient à l'Union. Depuis lors, ces changements ont été considérables, et l'on est arrivé en beaucoup d'endroits à la simple condition de domicile , ce qui a donné au gouvernement américain un caractère plus démocratique que peut-être ne le voulaient ses fondateurs.
Après les conditions électorales, viennent les condi-
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tioos d'éligibilité. Quelles conditions demander à un homme qui représente la nation? Il y a là un double principe à ménager. Il faut que le système soit organisé de façon à ne faire entrer dans la chambre que des hommes honnêtes et capables ; et , d'un autre côté , il faut que le peuple puisse choisir.
Quelles sont les qualités d'un bon député ? Il y a là un idéal dont on ne s'inquiète guère aujourd'hui; il suffit que le peuple choisisse, on dirait qu'il ne peut jamais se tromper; nous avons pourtant quelques exemples du contraire.
Au seizième siècle, lord Coke, le rival politique de Bacon, cherchait l'idéal d'un bon parlementaire; et comme à cette époque on procédait par comparaison, de môme qu'aujourd'hui par abstraction, il avait trouvé l'idéal du bon parlementaire dans le règne animal. Cet idéal, c'était l'éléphant ! Il faut, dit-il, que le bon parlementaire soit comme l'éléphant. L'éléphant (toujours suivant Coke) n'a pas de fiel; ainsi faut-il que le bon parlementaire soit sans envie, sans malice, sans passion et sans rancune. L'éléphant est constant et inflexible; ainsi doit faire le bon parlementaire, qui doit marcher droit devant lui sans que rien le détourne du bon chemin. L'éléphant a une mémoire sûre; ainsi doit être le bon parlementaire, afin que le souvenir du péril passé l'éclairé sur le péril à venir. L'éléphant, quoiqu'il soit très-intelligent et très-fort, est doux et sociable : qualités excellentes, car le défaut souvent des plus forts et des plus capables est de rapporter tout à eux. Enfin, l'éléphantest philanthrope, il aime les hommes et montre
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la voie à qui la cherche ; ainsi doit faire le bon parlementaire. Je ne sais si Buffon, si la science moderne ratifieraient la description; mais évidemment si un représentant réunissait toutes ces vertus, qu'il ressemblât ou non à l'éléphant, il ferait un excellent député ; on peut donc profiter encore aujourd'hui des conseils que donne le vieil avocat !.
En Amérique, quelles sont les conditions de l'éligibilité? Il semble que puisqu'on s'en rapportait aux États pour les conditions de l'électorat, on pouvait dire que quiconque serait éligible aux assemblées des États serait éligible à l'assemblée fédérale. Le congrès, cependant, voulut imposer quelques conditions particulières. Ces conditions étaient d'ailleurs fort larges. On voulut que le futur député eût vingt-cinq ans, qu'il fût citoyen des États-Unis depuis sept ans, et qu'il fût domicilié dans l'État qu'il représentait. Voilà les seules conditions qu'on exigea.
L'âge, cela est naturel; il faut une certaine maturité, et, dans une démocratie, il est difficile que l'homme qui fait sa fortune et son nom lui-môme puisse être connu avant vingt- cinq ans. Les Anglais n'ont pas pris cette limite. La simple majorité suffit pour entrer dans la chambre; nous avons l'exemple de William Pitt, membre des Communes à vingt et un ans, chancelier de l'Échiquier à vingt-deux, et premier ministre à vingt-quatre. Dans notre ancien parlement, d'Aguesseau était avocat général à vingt-deux ans. Ce sont là