‹ Histoire des évêques d'Évreux. Avec des notes et des armoiriesChapitre 2 sur 73 · TERS · texte numérisé non relu

TERS

S. Taurin fut le premier évoque d'Evreux. C'est uo fait sur lequel tout le monde est d'accord. Mais qui Ta envoyé dans ce pays, et dans quel temps a-t-il vécu? A ces deux questions, Ton ne saurait faire une réponse aussi certaine. Suivant Bosquet, a les Actes de S. Taurin, écrits

par Adéodat, sont un recueil si confus qu'à peine y voiton quelque lueur de vérité. » (1).

Si Von en croit ces Actes, S. Taurin naquît sous Domitien, fut baptisé par le souverain pontife Clément, partit pour les Gaules avec le bienheureux Denys et fut par lui donné pour évêque au pays d'Evreux.

On rapporte aussi qu'une députation fut adressée à Sixte, évoque de Rome, par Taurin, qui bientôt alla luimême à Rome; qu'il revint dans les Gaules après avoir reçu la bénédiction de Sixte, et que peu de temps après la mort de ce dernier des barbares envahirent les Gaules.

Dans son Histoire de l'Ej^lise de France, Bosquet pèse ces diverses indications; et, en passant en revue les invasions et les ravages que les races barbares ont fai(s dans les Gaules, il pense que l'on doit rapporter l'existence de S. Taurin au temps de l'invasion des Allemands , sous le règne de Gallien. « Car, dit-il, sous le règne de l'empereur Gallicn, Tévôque de Rome était Sixte II, qui souffrit le martyre en l'an 260 de J.-C. Il faut donc que ce soit

• (1) La Bibliothèque Royale possède cinq exemplaires ma» nuscrits de la légende de S. Taurin , dont le plus ancien çst du X« siècle. M. A. Le Prévost a donne, dans sa Notice sur la Châsse de ce saint, une traduction de cette légende qu'il regarde comme l'œuvre d'un moine imposteur.

SOUS les rèîînes de Valêrien et Gallien que Taurin , déjà fort avancé en âge, ait reçu sa mission en même temps que plusieurs autres évéques dont parle Grégoire de Tours, savoir :*Saturnin, Paul, Catien et Strémoine. »

Telles sont les expressions de Bosquet , dont les frères de Sainte Marthe ont annoté l'ouvrage et que Tillemont paraît avoir suivi.

Un écrivain postérieur, qui a fait une histoire d'Evreux(l), tenant moins à donner à l'église de cette province une antiquité si reculée, prétend que c'est l'église mélropolilaine qui a dû recevoir la première le flambeau de la foi et non pas celles qui se trouvent sous la dépendance de celte église. Il partage l'opinion de l'écrivain de Bayeux , suivant lequel les peuples de la Basse-Neustrie restèrent encore plongés dans les ténèbres du paganisme pendant tout le 111® siècle. Comme lui, il réduit à un petit nombre d'années seulement l'espace de 200 ans qui se serait écoulé entre S. Taurin et S. Gaud. Enfin, il s'accorde avec beaucoup d'autres écrivains à placer la mort de S, Taurin à Tépoque de l'occupation de la Gaule par les Vandales , au commencement du V« siècle.

1) Le Brasseur, Histoire civile et ecclésiastique du Comté d'Evreux; Paris, 1722, in-4o, pag. 26 et suiv.

Le saint évêque d'Evreux mourut le 3 des ides d'août (Il août); et, suivant la coutume romaine, on l'enterra hors de la ville. Son corps ne fut levé de terre qu'à la fin du VP siècle. Sur son tombeau fut bâtie de suite une chapelle qui plus tard devint une abbaye.

Plusieurs endroits prétendaient posséder des reliques de S. Taurin; ce sont, entre autres, les églises de Saint- Taurin à Erreux, de Chartres, de Fécamp, de Gigny (Jura). (On peut consulter à ce sujet les Bollandistes, t. II, août, p. 635.)

En 1762, Louis de Marnesia, évêque d'Evreux, reçut de Gigny une partie des reliques de S. Taurin , et il en enrichit la cathédrale, qui toutefois en possédait déjà quelques parcelles (1).

(1) L'église de Saint- Taurin possède encore la magnifique châsse donnée par l'abbé Gilbert, en 1255, pour y renfermer les reliques de notre premier évêque d'Evreux. M. A. Le Prévost a donné une excellente notice sur ce beau morceau d'orfèvrerie du Xllle siècle. Cette notice, devenue rare, a été réimprimée dans le t. IX (juillet 1838) du Bulletin de la Société libre de l'Eure.

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