JEAN-BAPTISTE
(BOLTiLIER).
Après la conclusion et la signature du Concordat fait par le souverain-pontife Pie VII et le premier consul Bonaparte , Jean-Baptiste Bourlier fut nommé évèque d'Evreux par le premier consul en 1802 ; le pape lui délivra les bulles d'institution.
i Jean-Baptiste Bourlier, né à Dijon le 1" février 1731, reçu docteur en théologie à la Sorbonne » fut professeur
de théologie à Rouen sous l'archiépiscopat du cardinal de La Rochefoucault. En 1770, Talleyrand-Périgord, coadjuteur de Reims, le recommanda h son archevêque et le fit nommer grand-vicaire et grand-chantre de la cathédrale de Reims. Jean-Baptiste Bourlier assista comme grandchantre au sacre de Louis XVL A l'époque de la Terreur, Jean-Baptiste Bourlier caché dans Paris fut dénoncé par son domestique qui le conduisit à la Force. Transféré de la prison de la Force à celle de Gharenton et rendu enfin à la liberté, il se retira à Creil (Oise). C'est là qu'il vivait quand on lui proposa de choisir entre plusieurs évèchés. Il choisit celui d'Evreux.
Jean-Baptiste, premier évêque du Concordat, lors du rétablissement du culte, arriva dans cette ville le 29 juin 1802. Il fut intronisé le 14 juillet et refusa d'assister à la fête nationale qu'on appelait la fête du 14 juillet, et à laquelle le préfet Masson-Saint-Amand l'avait invité. L'évêque d'Evreux avait répondu que, cette fête étant purement civile et militaire, rien n'y demandait sa présence. La prise de possession se fit avec l'appareil le plus imposant en présence d'un délégué de l'archevêque de Rouen. Le matin même de ce jour , le maire d'Evreux avec ses adjoints et le secrétaire de la mairie avait proclamé par la ville le Concordat fait entre le pape et le premier consul.
La célébration de la fête du 14 juillet avait suivi cette proclamation; la cérémonie relii^;ieuse de l'intronisation de Tcvèque couronna la grande journée du 14 juillet 1802.
Le 29 août suivant fut lu au prône, dans la cathédrale, Tarrèté du légat pour la suppression des fêtes appelées depuis Fétes-à-dévotion.
Le nouvel évêque d'Evreux, après avoir réuni son clergé dispersé, organisa son diocèse en se conformant aux arrêtés du gouvernement sur la suppression d'un certain nombre de paroisses et sur leur circonscription. Ce grand travail à peine achevé, il entreprit de fonder un séminaire. Deux ans après, le séminaire diocésain était institué dans l'ancien couvent de Saint-Taurin. En l819, il ouvrit l'école secondaire ecclésiastique ou petit séminaire d'Ecouis et celle de Bourth près de Rugles. Par son testament il légua 8,000 francs de rentes au séminaire diocésain.
Le 31 juillet 1803, l'évêque d'Evreux ouvrit la grande châsse de S. Taurin , qui était dans la cathédrale depuis la réouverture des églises et qu'un officier municipal nommé Rossignol avait sauvée pendant les troubles de la Révolution en la cachant sous des débris entassés dans la mairie d'Evreux. Après avoir examiné les reliques et vérifié les litres contenus dans la châsse, l'évêque fit rédiger et lire A
haute voix devant les nombreux fidèles assemblés un pro^
cès-vcrbal de la cérémonie, et le renferma ensuite dans la châsse qu'il scella de son sceau. Aussitôt après, les curés de Notre-Dame et de Saint-Taurin ayant pris la châsse sur leurs épaules, tout le clergé marchant eu procession au milieu d'une population recueillie, Jean - Baptiste Bourlier, premier évèque du Concordat, alla rendre à l'église de Saint-Taurin les reliques du premier évèque d'Evreux.
Le 28 août , il bénit la croix du cimetière.
L'empereur Napoléon nomma Jean-Baptiste Bourlier chevalier dé la Légion-d'Honneur. Le 11 août 1807, l'évêque d'Evreux était membre du corps législatif. 11 fut l'un des conseillers chargés d'examiner le projet de divorce de l'empereur et signa l'acte de dissolution du mariage entre Napoléon et Joséphine.
Ce fut révéque d'Evreux qui rédigea la lettre en forme de déclaration que les prélats, membres de la commission formée en 1811, présentèrent à l'empereur au plus fort de la lutte entre la puissance spirituelle et la puissance temporelle. L'empereur le nomma en 1812 pour rester dans la compagnie du souverain-pontife à Fontainebleau.
Nommé pair de France par Louis XVHI, lors de la création de celte Chambre héréditaire, Jean-Baptiste,
évêqued'Evreux, se rendit à Paris dés le mois de septembre 1816 pour se trouver aux séances législatives.
Au mois de juillet 1821, la communauté des Sœurs de la Providence rétablie à Evreux par Jean-Baptiste Bourlier, fut transportée par ses soins > d'une maison qu'il avait achetée pour elles, dans l'ancienne abbatiale de Saint- Taurin aussi achetée par lui. Dans son testament , il légua à la ville d'Evreux la première de ces deux maisons pour qu'il y fût établi une école tenue par des Frères de la Doctrine chrétienne.
Le 24 juin 1821, jour de la Fête-Dieu, l'évêque malade et ne pouvant assister à la procession fit préparer un reposoir dans la cour de Tévèché. Quand vint la procession, le bon évéque, qui s'était fait porter au balcon de sa chambre, se leva soutenu par plusieurs ecclésiastiques pour recevoir la bénédiction du Saint-Sacrement. Tous furent si profondément émus, qu'une souscription fut ouverte le même jour sur la proposition du préfet (Raymond Delaître, maître des requêtes, préfet du département de l'Eure), pour l'exécution d'un grand tableau représentant cette scène majestueuse et touchante.
Le peintre a cru devoir représenter le prélat revêtu de tous les ornements pontificaux et donnant au peuple sa dernière bénédiction pastorale. La vérité est que le prélat
trop faible n'avait que le vêtement d'un malade presque mourant et ne pouvait plus lui-même que demander les prières des hommes et la bénédiction de Dieu.
Ce tableau a été placé le 8 décembre 1824 à la cathédrale, dans la nef du côté de la sacristie, par ordre du préfet et malgré Tévêque suivant, qui s'y opposait parce que ce n'était pas un tableau de religion. Depuis 1841 , il a été transféré dans la sacristie.
Jean-Baptiste Bourlier, évèqued'Evreux, mourut après une longue maladie le 30 octobre 1821 , ù l'âge de 90 ans.
Ses funérailles se firent avec beaucoup de pompe; toutes les autorités et la garde nationale y assistaient. Le corps sortit de lévêché et fut portée en parcourant plusieurs rues, jusqu'à la cathédrale par des prêtres et des Frères de la Charité. Car il avait fallu céder aux prétentions des Frères qui soutenaient que a Monseigneur Bourlier ayant été reçu et inscrit dans la Charité d'Evreux, son corps devait être porté par autant de frères que de prêtres. » On remarqua que pas un évêque n'était venu pour donner la sépulture ù l'évèque d'Evreux. De La Brunlère, chanoine et doyen de la cathédrale d'Evreux , fit toute la cérémonie funèbre.
Jean-Baptiste Bourlier fut le premier évêque d'Evreux
enterré clans le caveau destiné à la sépulture des évoques par Louis-Albert de Lezai-Marnesia , dans la chapelle de la Mère-de-Dieu.
Il avait été chanoine de la cathédrale de Reiras, membre du corps législatif, comte, sénateur, officier de la Légion d'honneur , pair de France.
Il légua ses ornements pontificaux à ses successeurs , mais il ordonna que la pierre précieuse de sa bague fut mise au soleil ou ostensoir de la cathédrale.
L'abbé Painchon (1) prononça l'éloge de J.-B. Bourlier, le 6 septembre 1822 , dans la séance publique de la Société d'agriculture, sciences et arts du département de l'Eure, dont Tévèque d'Evreux avait été membre et président honoraire, en présence de son successeur Louis-Charles Salmon du Châtellier, qui dans la même séance fut proclamé président honoraire de ladite Société (2).
(1) Robert-Guillaume Painchon, né à Rouen en i750, curé de Bourglherouide en 1789, émigré pendant la révolution , maître de langues en Angleterre, régisseur de domaines en Hollande, chanoine d'Evreux et secrétaire intime de J.-B. Bourlier en 1802, grand-vicaire, aumônier du pape Pie VII en 1812, à Fontainebleau, doyen du Chapitre d'Evreux en 1822 ; membre du Conseil municipal, organisateur et trésorier de la Société-Maternelle, professeur gratuit de l'enseignement religieux darjs l'école normale primaire ; mort en 1836, dans sa SO'- année.
(2) M. de Taleyrand a fait aussi l'éloge de J.-B. Bourlier ; on le trouve inséré dans le Moniteur du 30 novembre 1821.