CHAPITRE XXVIII
d’un siècle était séparé de son légitime seigneur et maître. Il obtint d’abord du pape Pie II le pouvoir d’imposer aux églises de son diocèse des subsides de charité (14 avril 1461). 1 Quand il eut réuni la somme suffisante, il traita avec Eberhard le Barbu, comte de Montbéliard, pour le rachat de Porrentruy et de sa châtellenie ; l’affaire fut vidée à Schaffouse. L’évêque dut verser entre les mains du comte vingt-deux mille cinq cents florins du Rhin ; moyennant quoi, il rentra en possession de l’Ajoie. Ce fut le samedi 37 juin 1461 que Jean de Venningen ht son entrée solennelle à Porrentruy. Le surlendemain, il reçut dans l’église de Saint-Pierre dont c’était la fête, le serment de fidélité de la ville et des villages voisins et confirma par un acte public les franchises des habitants de Porrentruy et de sa châtellenie. 2
L’évêque s’exprime ainsi: „Nos fidèles et chers habitants de tous les villages appartenant à notre châtellenie de Porrentruy, tant de la mairie d’Ajoie que de celle de Bure, comme aussi les bourgeois et habitants de notre ville de Porrentruy (Purrendrut) avec le château, la ville et le bourg, et tous leurs droits et appartenances, ont été aliénés et vendus par un de nos prédécesseurs, Imier de Ramstein, et séparés des autres sujets de notre église. Pendant soixante-quinze ans, ils sont demeurés entre les mains des nobles et puissants seigneurs les comtes de Montbéliard, puis de Wurtemberg. Gomme un pasteur fidèle, nous les avons rachetés, pour une grande et notable somme d’argent, égale au prix de la première vente ; nous les avons fait rentrer au nombre de nos fidèles sujets et les avons ramenés au bercail de notre église de Bâle à qui ils appartiennent en propre. A nous, leur vrai, légitime et naturel seigneur, ils ont prêté serment de fidélité et ils ont fait l’acte ordinaire de véritable obédience. Pour nous, considérant famour que les bourgeois et habitants de toutes ces localités portent de tout leur cœur à notre église, comme aussi les services continuels qu’ils ont rendus autrefois, comme nous l’avons appris de source sûre, â nos prédécesseurs et à notre église et qu’ils rendront encore dans la suite, nous l’espérons, à nous et à nos successeurs, de l’avis de notre chapitre, pour le bien et la paix de notre église, pour l'avantage et l’honneur de ces localités, nous confirmons et ratifions toutes les libertés, us et coutumes, quels qu’ils soient, dont les habitants susdits et leurs ancêtres ont joui jusqu’à présent, tels qu’ils sont rapportés chaque année au prévôt de notre ville de Porrentruy ou au commissaire de l’évêque de Bâle au plaid général qui se tient le premier jeudi de septembre dans la mairie d'Ajoie et le vendredi suivant dans celle de Bure ..." 3
1 Trouillat et Vautrey, t. V. p. 431. = 2 On lit dans un bréviaire manuscrit ayant appartenu à Jean de Venningen déposé aujourd'hui à la bibliothèque du collège de Porrentruy, la note suivante écrite de la main de l’Évêque de Bâle: „Anno 1461, die apostolorum Pétri et Pauli, Nos Johannes de Venningen, episcopus Basiliensis, Castrum de Purrentrut cum suis attenenciis, cum 22 millibus et quingentis florenorum de Beno redemimus, quod septuaginta quinque annis, sub titulo pignoris, in manibus comitum Montisplicardi atque Wurtembergensium stetit ; quodque medio tempore ruinosum quam plurimum factum fuit in structura domorum quæ nos Johannes reparari fecimus magnis sumptibus, sicut clare apparet in structura. Quicumque alienaverit, anathema sit. “ = 3 De l’original aux archives de Porrentruy. On lit dans le Liber vitce du chapitre de Saint-Ursanne, cette note due au recteur des écoles de cette ville, Jean Bellinit, maître ès arts de Paris, qui commença à dresser ce registre le
15 juillet 1461: „ Anno D. MCGGCLXI Sabbato proximo ante festum sanctorum Pétri et Pauli aposto-
lorum, XXVII nonis junii, B. in Ghristo Pater et DD. Johannes de Feningen, divina providentia episcopus Basiliensis, intravit potenter villam Pourrentruci, in manibus strenuorum et potentum Dominorum de Wurtemberg per antecessores præfati episcopi constitutam. Quam pro tune redemit viginti duobus millibus et oetingentis llorenis, et die ipsa prædictorum S. S. Pétri et Pauli ap. cepit omnes dictas villæ incolas, nec minus singulos circumferentiarum attinentium habitatores in ecclesia prætaçtæ villæ juratos qui eidem Domino de Feningen episcopo jurarunt juramenta solita et consueta.,“