CHAPITRE XXXI
qui logeaient dans le presbytère appartenant à Bellelay. Les réclamations de Nicolas Schnell furent non avenues et il dut regagner son monastère, avec la douleur d’avoir perdu cette importante paroisse et le sous-prieur de Bellelay (1530). 1
Le 5 juin 1530, Tavannes adressa au conseil de Berne la lettre suivante:
„A nos très-redoubtés Seigneurs, nos bons Seigneurs de Berne. — Humblement vous remercions de cela, que vous avez rescrit et trarnis un prescheur, pour nous dénoncer le St-Evangile de Dieu ; lequel nous avons reçu et voulons vivre à icelle et jouxte votre bonne réformation ; et Dieu nous en donne la grâce. Amen !
„ Très-redoubtés Seigneurs! nous vous prions pour Dieu, de nous ordonner icelui prescheur de votre pays ; car pour le mettre de notre pays, nous doubtons que nous ne fassions desplaisir à Monsieur de Basle et à Monsieur de Bellelay, qui est collateur de notre parroche ; et aussi Monsieur de Basle a fait faire à tous mandement pour leurs profits, fors qu’à la nostre parroche, pourquoi nous doubtons que le dit Monsieur n’aie quelque affection contre nous; pourquoi, nos honorés Seigneurs, nous nous recommandons toujours à vostre bonne garde et àvostre très chrétienne bourgeoisie: de celui prescheur que vous nous avez trarnis, si vous le nous mettés, nous voulons faire votre commandement, et si Monsieur de Bellelay nous voulait mettre un autre, nous vous prions humblement qu’il soit examiné, comme suffisant, afin que la chose demeure entièrement. — Vos très humbles, etc. — La commune de Tavannes. Donné le 5e jour de juin 1530.“ 2
Jacques Mæchler fut ministre et prédicant à Tavannes ; on le trouve entretenant à ce titre des relations de 1538 à 1543 avec Bellelay qui conserva la collature de cette cure. 3 L'abbaye eut encore à déplorer la défection d’un autre de ses membres, Jean de Meth, curé à la Neuveville, puis à Piterlen (Perles) 1513, et enfin chapelain à la Neuveville où il apostasia. Les autres conventuels qui administraient les paroisses envahies par l’hérésie, restèrent inébranlables dans leur foi, mais durent céder devant la force et retourner dans leur monastère. Ces religieux fidèles à leur vocation et à leurs vœux, étaient : Pierre de Gerlier, curé de Neuveville, Servais Fridez de Delémont, curé de Perles, plus tard abbé de Bellelay, Jean Périne, ancien curé de Tavannes, curé de Bévilard, et Nicolas Mierlet, desservant de la chapelle de Falbringen, près de Bienne. 4
Le flot de la réforme battait les murs de Bellelay. Farel lui-même, suivant la tradition, y vint de Tavannes prêcher par une fenêtre de l’auberge au moment où le peuple sortait de l’église abbatiale, mais il fut violemment congédié par les fidèles. On ajoute qu’il se rendit aux Genevez, accompagné de quelques nouveaux convertis de Tramelan, mais aussitôt que le bruit de son arrivée fut répandu, les femmes se réunirent pour congédier les prédicants. La rencontre eut lieu près d’un gros hêtre; les ennemis furent rudement paumés. Le lieu où s’était passé ce remarquable fait d’armes reçut le nom d’arbre- des fous plumés, qu’il porte encore aujourd’hui. 5
1 Notice historique sur l’abbé Nicolas Schnell par le P. Pallain, de Bellelay — Saucy, Hist. de Bellelay, p. 86. = 2 De Haller, Histoire de la réforme. = 3 Comme notaire, Jacques Mæchler a fait
plusieurs actes conservés dans nos archives, en faveur du couvent et de l'abbé de Bellelay qu’il appelle toujours le très révérend Père en Dira. Il est même choisi ou accepté comme arbitre dans les différends qu’avait Bellelay avec ses voisins. ( Arbitrage du 29 mars 1560. Protocole de Bellelay. 1. A. p. 305. Archives
de l’ancien évêché de Bâle). En reconnaissance de ces services. J. Mæchler recevait gratuitement chaque
année une bosse de vin. (9 février 1563). Saucy, Hist. de Bellelay, p. 118. = 4 Ibid., p. 89. = 5 Re-
cherches sur l’origine des Genevez, par Louis Dufour de Genève. - Mandelert, Bellelay, p. 30.