CHAPITRE XXVIII
Jean de Yenningen profita de la faveur du pape pour prélever une collecte générale sur tout le clergé de son diocèse. Cette mesure lui était dictée par le besoin d’argent où il se trouvait pour relever les ruines et recouvrer les domaines de l’évêché. La confrérie de Saint-Jean de Bâle (super atrio) lui paya pour sa part d’impôt deux cents florins et lui en prêta cinq cents qu’il lui restitua dans la suite. 1 Les augustins de Bâle lui fournirent deux cents gulden; Saint- Alban, deux cents florins; Bellelay, trois cents florins; Saint-Ursanne, cinq cents gulden; Saint-Martin, deux cents; Thann, deux cents; Laufon, Saint-Ursanne, Delémont, cinq mille huit cents gulden ; les sœurs de Klingenthal, quatre cents (1461). 2 — Pour aider les bourgeois de Delémont à l’entretien de leurs remparts, l’évêque leur accorda pour trente-cinq ans le droit de prélever deux sols sur chaque mesure de vin débitée en détail; cet impôt s’appelait le mauvais denier (10 mars 1461). 3 En même temps, il autorisa le comte Eberhard de Montbéliard à faire mener et vendre à Porrentruy le sel de sa saline de Saulnot (13 avril 1461). 4
La mort de Rodolphe de Ramstein fit retomber dans le domaine de l’église de Bâle, le château de Zwingen que ce seigneur avait tenu en fief. Suivant une ancienne délibération du chapitre de Bâle, l'évêque garda ce château au profit de son église. 5 A la même époque, le château de Milandre fut donné en fief au noble Jean Henri de Spechbach. 6 La ville de Soleure reçut au même titre le château de Falkenstein, le vieux Falkenstein nommé la Cluse, le vieux Bechbourg, le landgraviat du Buchsgau et de la vallée de Balsthal (1464). 7
Saint-Ursanne fut aussi l’objet des faveurs de l’évêque, qui cherchait à relever cette ville d’un désastre récent. L’hiver de 1462 avait été très rigoureux: le Doubs avait été gelé entièrement. Quand le dégel arriva, les glaçons s’accumulèrent audessus du moulin qui les arrêtait dans leur course et firent comme une digue de pierre qui s’opposa à l’écoulement des eaux. Le canal du moulin finit par se rompre et les glaces avec des amas de terre et de pierres se précipitèrent avec violence contre le pont de la ville et couvrirent de leurs débris tous les prés d’alentour. Les habitants de la ville se hâtèrent de charger de bois et d’autres matériaux le pont menacé et prirent la fuite de toutes parts. Dans ce grave danger, ils eurent recours à leur bienheureux patron S. Ursanne et firent célébrer une messe en son honneur. Aussitôt tout rentra dans l’ordre et le pont resta sur ses fondations. Tout cela se passa le jour de Ste Agathe (5 février 1462). Tel est le récit du maître d’école de Saint-Ursanne, conservé dans le livre de vie du chapitre. 8
Jean de Venningen vint en aide à la ville en lui confirmant le droit d'omgeld qui appartenait à l’évêque de Bâle, à condition que le maître bourgeois, le conseil et les habitants emploieraient ce revenu à la restauration de leurs murs, tours, fossés et autres édifices, d’après les conseils et directions des chapitres de Bâle et de Saint-Ursanne, à qui ils devaient rendre compte chaque année du produit cl de l’emploi de cet omgeld. Les habitants et les chanoines reçurent encore d’autres privilèges pour la vente du vin, depuis la St. Michel jusqu’à Noël (11 juin 1463). 9
1 Supplem. ehron. N. Gerung. I)' Th. von Liebenau, p. 8. — 2 Troublât el. Vautrey, t. V. p. 826. —
:i Archives de Delémont, T D. p. 2. N“ 5. = 4 Archives de Porrentruy. = 6 D1 Th. von Liebenau, p. 8. =
B Trouillat, t. 1. p. G. = 7 Ibid. == 8 Ex IJbro vitœ S. Ursicini, fol. 1. = 9 Archives de S. Ursanne.
L’acte est inuni des sceaux de l’évêque, de son chapitre, de celui de Saint-Ursanne et de la ville,