CHAPITRE XXXII
Anastasie Blarer de Wartensée. 1 C’est, à Fribourg en Brisgau que Jacques Christophe fit ses études ; l’université de cette ville avait alors une grande célébrité, et c’était à ses leçons que se portaient de préférence les jeunes gens qui aspiraient aux charges ou aux dignités de l’Église catholique. Le jeune de Blarer se fit d’abord remarquer par sa conduite et son assiduité au travail : ses progrès distingués attestaient une intelligence d’élite et on constatait dès lors dans ses réponses cette loyauté qui devait lui être d'un si grand secours dans l’œuvre de restauration du diocèse de Bâle. La noblesse de sa race, ses qualités personnelles reconnues de tous, les liens de famille qui l’unissaient à des membres du chapitre de Bâle, portant comme sa mère le nom des Halwyl, 2 lui donnaient des droits à quelque prébende canoniale ; il fut successivement reçu dans les chapitres nobles de Constance et de Bâle, où la piété de sa vie et la pureté de ses mœurs le firent remarquer et lui assurèrent les sympathies et plus tard les suffrages des chanoines électeurs après la mort de Melchior de Liechtenfels. 3
A peine élu, Jacques Christophe se mit résolument à l’œuvre de restauration, disons mieux, de résurrection qu’il méditait. Il se proposa tout d’abord trois choses: rendre à l’Église de Bâle les peuples qui s’en étaient séparés, en passant au protestantisme ; — réformer et relever le clergé de son diocèse en fournissant aux jeunes clercs une éducation solidement chrétienne, en les forçant à un sévère noviciat pour le sacerdoce et en donnant aux jeunes gens qui aspiraient aux carrières libérales des maîtres capables, instruits et d’une vie irréprochable ; — rétablir les finances délabrées de l’évêché de Bâle, en introduisant la plus stricte économie dans toutes les parties de l’ administration, en faisant valoir tous les titres et chacun des droits de l’évêque de Bâle comme prince temporel, comme suzerain et comme seigneur évêque. L’épiscopat de trente- trois ans de Christophe de Blarer suffit à cette triple tâche. A sa mort en 1608, nous trouverons Laufon et sa vallée rendus à l’église catholique, Delémont et l’Ajoie confirmés pour toujours dans la vieille foi de leurs ancêtres; un clergé zélé, instruit, formé à l’école des docteurs et des saints; un collège florissant comptant des légions d’élèves et préparant pour l’avenir des générations grandissant dans l'honneur et la vertu ; les dettes de l’évêché payées, des ressources inespérées sortant de terre et des débris calcinés des archives, le château rebâti et l’évêque de Bâle y siégeant dans la double force et dans l’imposante majesté de la science et de la sainteté, entouré de l’admiration et de la reconnaissance de ses peuples, proclamé à juste titre le restaurateur de l’évêché de Bâle auquel il a rendu son lustre antique et sa primitive splendeur.
Deux jours après son élection (24 juin 1575), 4 Christophe de Blarer faisait son entrée â Porrentruy, au bruit de l’artillerie de la ville et des cris de joie de
1 Bucelinus, Germania chrono-stemmatopographica III. 91. = 2 Plusieurs chanoines appartenant
a la famille des Halwyl figurent clans les registres du chapitre de Bâle. Nicolas de Halwyl en 1502, Jacques Christophe de Halwyl vivait en 1560; peut-être est-ce à lui que l’évêque de Blarer dut ses noms de baptême et sa prébende canoniale qu’il aura résignée en faveur de son neveu. = 3 Sudan. Basilea sacra, p. 378. — P. Voisard, Histoire des évêques de Bâle, p. 376, etc. = 4 On lit dans le Livres des dépenses N" 12, comptes de 1575, aux archives de la ville: „Item le 22 jour du mois de juing, Jacob Ghristoffel Blaurer fust au lieu de Deleymont esleu Evesque de Basle et pour notre gracieulx seigneur et prince, es lequel lieu de Deleymont sadicte grâce vint en ceste ville. A la bienvenue duquel Ion destendit et laschat-on aulcuns coups d’artillerie de la dite ville dont fust sostenus en la dite maison de céans y estans la plus grande partie de messieurs des trois conseils et ceux qu’avait eu la peine a destendre icelle artillerie, pour ce trois livres six sols trois deniers. “ Le 30 juin 1575, Christophe de Blarer
écrivait au pape Grégoire XIII pour lui annoncer son élection à l’épiscopat : il demanda sa confirmation
par le Saint-Siège, l’autorisation de recevoir la prêtrise hors des temps ordinaires, et de se faire sacrer