‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 130 sur 612 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

L'évêque de Bâle était heureux d’entrer dans une alliance qui le rattachait par de nouveaux liens à un pays qui avait toutes ses sympathies et assurait à l’évêché de Bâle des amis puissants, et au besoin des protecteurs dévoués. La cérémonie religieuse de la prestation de serment entre les alliés eut lieu avec beaucoup de solennité dans l’église Saint-Pierre, le 12 janvier 1580. 1 L’évêque de Bâle jura sur les sacrés évangiles placés sur l’autel d’être fidèle allié des Suisses; à leur tour, les députés catholiques promirent de remplir en tous points les articles du traité de Lucerne. Le Te Deum termina cette cérémonie qui mettait le sceau à cette précieuse alliance. „ Notre prince devint suisse, écrit dans ses mémoires contemporains, un bon bourgeois de Delémont, et ses sujets aussi; et devant nous étions landsknecht. “ 2

Tout s’était fait avec tant de célérité et dans un si grand secret que les réclamations n’arrivèrent qu’après la conclusion du traité et la cérémonie publique du serment prêté de part et d’autre. Les critiques vinrent d’abord de Bâle. „Les magistrats et habitants de cette ville, écrit l’évêque de Bâle au nonce à Lucerne, le 28 janvier 1 580, ennemis de notre Église, font éclater leur mécontentement et ne peuvent supporter le rétablissement du catholicisme dans les lieux qui me sont soumis." Plusieurs même quoique catholiques, interprètent mal le traité. 11 prie le nonce de demander pour lui, au Pape, un bref apostolique renfermant l’approbation du S. Père; il serait .sa défense contre les jaloux et les hommes qui ne comprennent pas le pieux dessein qu'il poursuit. A la diète de Baden, qui se réunit quelques semaines après la conclusion de l’alliance, les cantons de Zurich, Berne, Bâle et Scbaffhouse demandèrent communication des articles du traité; ils s’élevaient énergiquement contre la réception d’un prince étranger dans la Confédération. Les députés catholiques répondirent qu'ils pouvaient rendre compte de l’alliance devant Dieu et devant les hommes, et qu’avant de communiquer le traité conclu avec l’évêque de Bâle, ils consulteraient leurs gouvernements. 3 L’incident n’eut pas de suite. L’Espagne vit avec plaisir une alliance qui promettait un appui à l'Église catholique dans l’évêché de Bâle. Pompée de la Croix, qui représentait Philippe II en Suisse, écrivit une lettre de félicitations à Christophe de Blarer; l’évêque lui répondit qu’il n'avait eu en vue que l’utilité de la république chrétienne; il louait l’ambassadeur de sa piété et de son amour pour la vraie religion (6 mai 1580). En même temps, le duc Ferdinand d’Autriche et l’empereur faisaient demander à l'évêque de Bâle les raisons de son traité avec les Suisses. 4 Christophe de Blarer n’eut pas de peine à se justifier et il resta assuré de l’alliance et de la protection des cantons suisses.

Son premier soin fut de travailler à rompre les alliances particulières qui rattachaient plusieurs des parties de ses États à d’autres cantons suisses. Delémont et Laufon avaient des traités de coin bourgeoisie avec Bâle, Bienne et Moutier avec Berne. Les cantons protestants appuyaient tout naturellement les tentatives de réforme qui agitaient l’évêché: au besoin Berne envoyait avec ses ordres et ses menaces, des gens armés pour protéger la prédication du nouvel évangile. Sur ses instances réitérées et avec l’appui que donnèrent à ses plaintes les cantons

1 ,A la grande douleur de beaucoup, l’alliance avec les six cantons a été publiquement confirmée

et jurée hier. “ Lettre de Christophe de Blarer à l’évêque de Verceil, 13 janvier 1580. = 2 Journal de

Peterman Cuenin de Delémont, de 1575 à 1610. = 3 Lettre de l’évêque de Bàle au nonce à Lucerne,

4 mars 1580. Archives de l’évêché. = 4 Lettre de l’évêque de Bàle annonce, du 13 octobre 1580. Ibid.

SYNODE DE DELEMONT

alliés, le Prince de Blarer obtint de Bâle un accord en vertu duquel furent abolies les combourgeoisies contractées entre cette ville et Lauf'on, les Franches-Montagnes et Delémont (1585). Berne refusa de prendre les mêmes engagements que Bâle et maintint ses alliances avec Moutier et Bienne. 1

Le prince de Blarer sut tirer bon parti de la position que le traité de Bàle lui faisait dans une partie de ses États; reconnu seigneur et maître, il voulut profiter de son autorité pour ramener à la foi catholique les populations qui s’en étaient éloignées depuis plus d’un demi siècle. Le Concile de Trente avait fait

Concile œcuménique de Trente, d’après un tableau de Titian.

son œuvre; ses décrets portaient tout à la fois et de salutaires réformes dans le clergé et d’utiles enseignements pour l’épanouissement et le réveil de la vie catholique. Christophe de Blarer se hâta d’accueillir et de promulguer dans son diocèse, les canons du concile œcuménique. Mieux que tout autre, il savait les plaies qu’avaient faites à l’Église l'incurie, l'ignorance et souvent la vie trop mondaine de ceux qui auraient dû lui apporter la force de l’exemple et de la vertu. Il entreprit résolument la réforme que le Concile de Trente lui rendait obligatoire et qui lui était facilitée par des décrets solennels. Non content de la lettre pastorale qu'il avait adressée à ce sujet aux 13 chapitres et doyens de l’Église de Bâle, le 17 mai 1578, il réunit à Delémont tout le clergé de l'antique diocèse

Archives de l’ancien évêclié de Bàle.

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