CHAPITRE XXXII
qui enjoint à tous les prêtres du synode le serment ou la profession de foi catholique. On fait droit à la demande du promoteur. Après quoi, l’évêque se met à genoux tourné vers le synode et les mains sur l’évangile tenu par les prélats qui l’entourent, il fait la profession de foi de Pie IV. Puis il s’assied, tenant sur ses genoux le livre des évangiles et reçoit successivement le serment de tous les Pères du synode. Le promoteur fixe au lendemain, à 6 heures, la troisième session et recommande à lous le secret le plus absolu sur les actes du synode.
Ce fut le suffragant, Marc Tettinger, évêque de Lydda, qui chanta pontificalement la messe de Beat a à la troisième session, du 4 avril 1581. La réunion fut tout entière consacrée à la lecture des statuts synodaux. L’après-midi se passa de même. Le mercredi (5 avril) la messe fut célébrée par le doyen de la cathédrale de Bâle, François d’Apponex. On continua à lire les statuts; puis on nomma différentes commissions chargées d’examiner ces statuts. L’évêque et sa suite, le chapitre cathédral, se réunissaient au château ; les abbés, prévôts et prieurs des monastères, dans la maison des nobles de Vorburg; les prévôts, doyens, chanoines des collégiales, dans celle du chapitre de Salignon; les doyens, camériers et prêtres séculiers, dans une hôtellerie de la ville. 11 n’y eut pas de session l’après-midi, à cause de l’examen des statuts. — Le jeudi (6 avril) la messe fut chantée par un chanoine de la collégiale de Saint-Martin à Colmar.
Après l’oraison Adsumus Domine, l’évêque fit annoncer au synode par son vicaire général, que conformément au chapitre X de la vingt-cinquième session du Concile de Trente, il avait nommé pour juger des causes qui devront à l’avenir être déférées au Saint-Siège, le doyen de Moutier, qu’il présentera au souverain pontife. Ensuite les chantres entonnent le psaume Deus vénérant gentes et l'antienne Propitius esta , l’évêque récite les oraisons du pontifical; le diacre chante l’évangile Aspïciens Jésus, après lequel on chante le Veni Creator. Puis, assis, la mitre en tête, Christophe de Blarer fait au synode son allocution d’adieu. Il rappelle à ses prêtres les prescriptions du Concile de Trente et du pape, qui l'ont décidé à convoquer ce synode. Le voilà heureusement mené à bonne fin. Il a bon espoir que ce sera pour le bien de tous, pasteurs et brebis. Ces statuts redresseront et réformeront ceux qui ont erré en quelque point et confirmeront les bons dans le bien. Quant à ceux qui ne veulent rien entendre et restent incorrigibles, il les compare au figuier de Jérusalem, couvert de feuilles, mais ne pouvant offrir aucun fruit au Seigneur passant à ses pieds, et condamné par le maître au feu. Ainsi en sera-t-il des pasteurs et des fidèles qui n’ont que le nom de chrétien, mais dont les œuvres sont milles; ils entendront l'horrible sentence: allez, maudits, au feu éternel. L’évêque déplore l'indifférence de tant d’hommes qui se soucient peu des joies du ciel et des tourments de l’abîme et refusent de faire pénitence. Livrés à l’avarice, à l’ivrognerie, au vice impur, ils se ferment la porte du ciel. „ Ah ! frères bien-aimés, s’écrie le pieux pontife, ce ne sont pas les trésors de la terre qui sont exposés, mais le salut des âmes, des âmes qui nous sont confiées, notre propre salut. Il y en a qui par leur mœurs dépravées, scandalisent ceux qu’ils devraient paître de la parole et de l’exemple et conduire dans les pâturages éternels; pasteurs et brebis courent à leur perte. Les prêtres rendront compte au Juge suprême pour eux et pour le troupeau confié à leur garde. Et moi, votre évêque quoique indigne, je rendrai un comple sévère non pas seulement pour moi et mes ouailles, mais encore pour vous connue pasteurs et mes très chers coopérateurs; et pour ceux
STATUTS SYNODAUX DU PRINCE DE BLARER
qui commandent, le jugement sera inexorable." Puis l’éminent orateur rappelle à ceux qui trouveraient onéreux les statuts synodaux qu'ils n’ont pas été faits à la légère pour les vexer et les tourmenter, mais par charité paternelle, pour redresser, réformer et sanctifier les âmes. Celui qui poursuit son médecin passe pour un insensé, ou un fiévreux désespéré. Fidèle à son devoir, il ne négligera rien pour sauver tous ceux qui lui appartiennent : c’est pourquoi il les conjure, par les entrailles de la charité de Jésus-Christ, de rejeter loin d’eux et sans retard tout ce qui fait obstacle à leur salut. Il les rappelle à la pureté et à la chasteté de la vie sacerdotale : il flétrit la plaie de liaisons coupables, chaînes plus redoutables que celles des Turcs et des infidèles. Il leur souhaite enfin une vie telle qu’après leur mort ils pourront, eux et leurs ouailles, entrer dans les pâturages de la béatitude éternelle. Après ces paroles qui émurent profondément l’auditoire, l’évêque promulgua les statuts du synode, expression exacte et application fidèle des décrets du Concile de Trente, et les déclara obligatoires pour tous les prêtres du diocèse de Bâle.
Une procession solennelle, à laquelle tous les Pères et les prélats assistaient, chantant le Te Deum , mit fin au synode. L’évêque congédia l’assemblée en donnant l’absolution et la bénédiction pontificale. Le promoteur s’écria : Procéda mm inpace. Amen, répondit le clergé et tous retournèrent en paix dans leurs demeures. 1
Tels sont les actes du synode de Delémont: ils méritaient de sortir de l’oubli où ils sont plongés depuis si longtemps. Ils sont le point de départ d’une résurrection religieuse qui transforma le clergé et le peuple du diocèse de Bâle. Christophe de Blarer se hâta de faire imprimer les statuts du synode de Delémont; ils forment un beau volume in- 12, imprimé à Fribourg en Brisgau, chez Froben (1583). C’est un corps complet de doctrine et de discipline sacrées où les canons du Concile de Trente prennent leur place, pour demeurer la règle infaillible du clergé et des fidèles. La première partie de ces statuts comprend l'unité de la foi catholique qui doit se résumer dans une profession unique d'obéissance et de soumission aux décrets du saint concile de Trente et au souverain pontife. ( Omnia et singula a Sancto Concilie) Trident i no definita et statvta
palam recipiant ; veram obedientiam summo Romano Pontifiri spondeant.) Tous les prêtres, tous les maîtres appelés à l’enseignement de la jeunesse, doivent faire hautement et de vive voix la profession de foi catholique, entre les mains de leurs supérieurs légitimes. Il est encore question des livres saints et canoniques, des livres prohibés, des leçons de théologie auxquelles les aspirants au sacerdoce devront prendre part pendant trois ans, à l’université de Fribourg en Brisgau dont l'évêque de Bâle est chancelier; — de la prédication de la parole de Dieu qui est prescrite, selon les termes du Concile de Trente, tous les dimanches et fêtes, et pour laquelle l’évêque donne des règles très sages et très pratiques; — des préceptes et des fêtes de l'Eglise qui étaient à cette époque Pâques et les deux jours suivants, Pentecôte et les deux jours suivants, Noël, S. Étienne, S. Jean l’évangéliste, la Circoncision, l'Épiphanie, l’Ascension, la Fête-Dieu, toutes les fêtes de la Ste Vierge, des apôtres et des évangélistes, l’Invention et l’Exaltation de la Ste Croix, S. Jean-Baptiste, S. Henri empereur, Ste Marie-Madeleine, S. Laurent, S. Michel, la Toussaint, S. Martin, Ste Catherine, S. Nicolas, la dédicace et la fête patronale de chaque église; — des jeûnes de l’Église, savoir: le Carême, les Quatre-Temps, les vigiles
1 Actes du synode de Delémont, aux archives du château de Porrentruy.