‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 144 sur 612 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

devra être soumise à la diète de Baden et que là les députés catholiques débattront l’affaire (17 mars). Laufon en fut quitte pour la peur.

Cependant l’évêque de Bâle ne perdait pas de temps; il poursuivait courageusement l’œuvre de restauration religieuse à laquelle il attachait une importance extrême. Le dimanche des Rameaux (8 avril 1582) il est à Pfeffingen où il réconcilie l’église et célèbre les saints offices. L’autel, qu’il consacre avant la messe, venait de Bàle où il avait été acheté. Tout semblait aller à souhait. Le peuple ne faisait aucune résistance ; quoique attaché à la réforme, il obéissait aux ordres de l’évêque. Le lendemain matin, on trouva les coins de l’autel brisés, les cierges et les chandeliers renversés et foulés aux pieds, les linges sacrés mis en pièces. Grande alarme parmi le peuple. On court à Bâle: c’était le refuge ordinaire des mécontents. Le conseil de Bàle engage les gens de Pfeffingen à se justifier par écrit auprès de l’évêque. En même temps, Bàle consulte Zurich, Berne et Schaffhouse qui donnent une réponse en tout conforme à l’avis des Bàlois (27 avril). On s’en rapportait à la diète qui devait se tenir à Lucerne, le 28 avril de la même année.

Le prince de Blarer, après le service de Pfeffingen, était revenu à Delémont. Il passa dans cette ville la semaine sainte et les fêtes de Pâques, pendant lesquelles il officia pontificalement à l’église paroissiale. Le lundi (16 avril 1582), il prêcha à la messe avec ce zèle ardent qui ravissait les cœurs. 11 se préparait à prendre la route des Rangiers pour retourner à Porrentruy, lorsqu’on arrêta un étranger aux allures suspectes qui allait d’auberge en auberge, demandant quand et à quelle heure le prince quitterait la ville, s’informant avec insistance de la force armée qui protégeait Delémont contre un coup de main. Mis en prison, cet homme avoua qu’il était envoyé aux informations et qu’un complot prêt à éclater était dressé contre le prince. Voici ce que révéla l’enquête qui fut établie juridiquement et qui se termina par la condamnation à mort des conjurés. Exaspérés des succès de l’évêque de Bâle dans la vallée de Laufon et craignant pour leur foi les mêmes attaques, un certain nombre de réformés de la châtellenie de Tavannes, à la tête desquels étaient le pasteur et le châtelain lui-même, avaient formé le projet de s’emparer du prince et de le mettre à mort. Une fois délivrés de ce redoutable ennemi, ils s’emparaient de Delémont, y établissaient la réforme, poussaient jusqu’à Porrentruy, en expulsaient les prêtres, et, avec l’aide des partisans du nouvel évangile, renversaient le culte catholique pour arborer le drapeau du protestantisme. Un avis venu de Suisse donna l’éveil. Le châtelain de Tavannes s’était mis à la tête de trois cents hommes, gagnés par les pasteurs et liés par un serment solennel. Il était arrivé en secret à Delémont et avait caché sa troupe derrière la ville, près de la Doux. Son projet était, la nuit venue, de se faire ouvrir la Porte-au-Loup, de tuer le portier qui aurait pu donner l’éveil, et d’introduire par cette porte sa troupe armée. Le château étant sans défense, le prince tombait d’abord entre leurs mains et la ville était prise et au pouvoir des insurgés, avant d’être réveillée. Mais la porte bién gardée ne s’ouvrit pas et la nuit se passa sans coup férir. Le chef des conjurés ne perdit pas courage; le prince devait retourner à Porrentruy; il porta sa petite troupe au bois de B.obe, au-dessus de Develier. Il y avait là d’épais fourrés. Il était facile de là de s’élancer sur l’évêque et de s’en emparer, sans que sa suite peu nombreuse pût opposer une sérieuse résistance. Prévenu à temps, l’évêque laissa de côté le bois de Robe et

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