‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 146 sur 612 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

de Saint-Ursanne, François Bassand, les maires de la vallée de Delémont et ceux de la Prévôté dessous les Roches; Porrentruy, Belle et Belfort étaient aussi représentés dans ce tribunal suprême. Ursanne de Bourrignon, maître-bourgeois de ce lieu, portait la parole des prisonniers. Les débats furent longs et révélèrent dans tous leurs détails les projets des conjurés. Porrentruy soupçonné d’avoir favorisé le complot, en faisant en secret des promesses au prédicant de Tavannes, envoya des députés pour défendre la ville. Nicolas Rossel licencié, Renaud Faivre conseiller et Claude L’hoste parurent devant le tribunal. On accusait les frères Vuillemin de Porrentruy d’avoir déclaré qu’ „une fois Delémont pris, on aurait facilement la ville de Porrentruy, car volontiers ils prendraient l’évangile et qu’ils leur ouvriraient les portes". Les députés protestèrent contre ces paroles: „De tout temps, ils avaient d’une pure et cordiale affection rendu leurs loyaux et bons services et devoirs à eux possibles tant à Son Excellence qu’à ses antécesseurs évêques de Bâle. Ils somment David Mopsler, prédicant à Tavannes, de nommer les personnes qu’il dit être à Porrentruy de sa part, comme aussi s’il a rien remarqué, vu et ouï que ceux de Porrentruy aient donné aide, support ou faveur, ou bien quelque communication, intelligence ou participation de la conjuration." Mis en demeure de s’expliquer, le pasteur de Tavannes „ requiert à merci l’évêque de Bâle et la ville de Porrentruy", il reconnaît qu’il a fait grand tort à la ville dont il n’avait jamais entendu parler. — „ Après quoi, il fut dit que M. David était un calomniateur. “ Les débats prouvèrent sans ambages la culpabilité des conjurés. Vingt d’entre eux furent condamnés à mort par l’épée. Le prince, usant de son droit de grâce, fit remise à tous de la peine capitale et se contenta d’une détention passagère. La leçon avait été sévère et publique; elle devait porter ses fruits.1

Les révélations faites par les conjurés et les actes de violence qui venaient de se passer à Pfeffingen, où les catholiques étaient insultés tous les jours, déterminèrent l’évêque de Bâle à demander secours à ses alliés les cantons catholiques. En vertu du traité de 1579, Christophe de Blarer pouvait, en cas de difficultés avec ses sujets, requérir l’aide des cantons qui lui promettaient une assistance immédiate et efficace. Sans force armée, le prince de Blarer ne pouvait opposer à la résistance et à la révolte que les exhortations et les menaces. A Pfeffingen, on s’était moqué des unes et des autres. Le bailli du lieu, Hans de Flachsland, écrivait le 7 juin 1582 à l’évêque que l’on avait enlevé et jeté devant le chœur de l’église la pierre de l'autel; on menaçait de mort les catholiques, on les insultait; à la Trinité, deux protestants s’étaient placés devant l’autel avec des fusils chargés. Plus tard, le 20 juin, il y avait eu tumulte à Æsch, mauvais traitements et menaces.

1 Nous avons recueilli les détails de cette conjuration de 1582, dans les archives de Porrentruy ( Affaires de religion), dans une lettre du prince de Blarer, du 9 avril 1583, adressée au nonce de Lucerne où il dit: „Le pasteur de Tavannes a avoué de lui-même que, d’accord avec un autre pasteur, il s’était, associé avec les chefs de la conjuration et qu’ils avaient convenu d’entraîner dans leurs projets ses paroissiens et qu’ensuite ils avaient facilement amené ceux-ci à prêter serment de commettre leur crime. Disposant de ces forces, ils avaient formé le projet de surprendre au milieu de la nuit les endroits favorables de Delémont, d’y monter en secret avec des soldats armés, d’égorger d’abord l’évêque avec sa famille, d’expulser ensuite tous les prêtres, de dépouiller les citoyens de leurs biens et de soumettre à leur pouvoir la ville et les lieux voisins. Ils ont donné pour motif de ce projet criminel la restauration du catholicisme dans quelques lieux de l’évêché ; néanmoins l’évêque ne se désistera pas de son entreprise . . — Un témoin oculaire, Peterman Guenin, qui était acteur dans ce dramatique événement, nous a laissé dans son journal des détails précieux dont nous avons profité. — Voir P. Voisard, Histoire des évêques de Bâle, p. 385. — Histoire de Moutier, p. 64.

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