CHAPITRE XXXII
soulevés à cette époque, fermaient l’oreille à toutes les voix de la prudence et de la raison. Les arbitres de Baden reconnurent le bien fondé des réclamations de l’évêque de Bâle et firent signer aux parties un traité qui porte la date du 1 1 avril 1585. Par ce traité est abolie l’alliance de combourgeoisie conclue entre Bâle et les localités de Laufon, Wahlen, Rôschenz, Liesberg, Reinach, Therwyler, Oberwyler, Etlingen, Alschwyler, les Franches-Montagnes, et la vallée de Delémont. Bâle s’engage à rester complètement neutre dans les débats que l’évêque pourrait avoir avec ses sujets; de son côté l’évêque promet de n’obliger personne à changer de religion; il laisse à tous la liberté de conscience; les protestants de Laufon jouiront de la chapelle de cette ville ; les confessions différentes devront vivre en paix et où les deux cultes existeront, les catholiques auront d’abord leur service, à huit heures en été, à neuf heures en hiver; puis les protestants, à l’issue de l’office religieux des catholiques.
Tel fut l’important résultat du jugement arbitral de Baden. Il y avait avantage pour les deux parties. Bâle devait, il est vrai, faire de grands sacrifices d’argent; mais elle y gagnait en liberté et en indépendance ; elle mettait fin par là à des réclamations continuelles et à des levées d’impôts qui n’avaient plus leur raison d’être; elle agrandissait son territoire et acquérait le droit de fixer les limites du canton. Du reste, toujours prudents, les Bàlois n’avaient rien fait sans prendre l’avis de légistes expérimentés et instruits. Le fameux Basile Amerbach conseillait si fort le traité de Baden qu’il eût voulu le voir ratifier par le pape et l’empereur, pour plus grande sûreté. On consulta de même le savant juriste de Strasbourg, le Dr Jean Nerven, qui fit sur la minute du traité les corrections qu'il jugea convenables (20 mai 1585). Bâle témoigna à ses arbitres sa complète satisfaction en leur donnant trois mille florins, et plaça le traité de Baden dans ses archives, à côté de ses titres les plus précieux.
Par contre, quelques membres du chapitre de Bâle se crurent lésés dans leurs droits par cet accord solennel et transmirent en secret leurs plaintes à la cour de Rome. Le prévôt de Moutier, Jean Setterich, et le savant professeur de Fribourg, Jodocus Lorichius, étaient les signataires de l’acte d’accusation porté contre Christophe de Blarer devant le tribunal suprême du Souverain-Pontife. On reprochait à l’évêque de Bâle d’avoir aliéné des propriétés et des droits importants sans le consentement du chapitre; d’avoir donné pour 200,000 florins ce qui en valait bien 1,200,000; d’avoir cédé des biens qui n’avaient été occupés que par la force, comme la cathédrale, le trésor, les dîmes et autres revenus; d’avoir soumis au jugement d’un tribunal laïque, où siégeaient des hérétiques, des affaires religieuses ; d’avoir livré aux hérétiques des terres et leurs habitants, ce qui est de toute inconvenance ; d’avoir autorisé dans ses États l’exercice et l’enseignement de l’hérésie; d’avoir donné un exemple qui serait contagieux pour les États allemands, si le pape approuvait cette ligne de conduite, etc., etc. Ces plaintes, portées à Borne à l’insu de l’évêque de Bâle, eurent le résultat qu’en attendaient leurs auteurs. Sixte Y et les cardinaux parurent indignés de la conduite de Christophe de Blarer; les faits dénoncés paraissaient si bien prouvés que, sans demander à l’évêque accusé des explications justificatives, le pape, par un bref du 15 juin 1585, cassa et annula la convention de Baden. „On ne doit pas désespérer, disait Sixte Y, de recouvrer ces biens spoliés et, dût-on les perdre pour toujours, mieux vaut en faire le sacrifice que de descendre à de telles conditions. . . Si vous manquez à votre devoir, Nous