LE PRINCE DE BLARER ET SIXTE-QUINT
ne manquerons pas au Nôtre." En même temps, Lorichius recevait l’ordre de se rendre avec le suffragant de Constance près de l’évêque de Bàle, pour le détourner, lui et son chapitre, de ces projets, et lui enjoindre de rompre toute négociation avec Bâle, en vertu des défenses et de l’autorité du Saint-Siège.
Tout homme moins fortement trempé que Christophe de Blarer, eût perdu courage devant le blâme solennel du Souverain-Pontife. Mais l’évêque de Bàle avait pour lui le témoignage de sa conscience, qui ne lui reprochait aucun acte indigne de sa mission difficile et de ses devoirs envers Dieu et l’Église. Il s’adressa, sans désemparer, à son ami dévoué, l’évêque de Verceil, l’ancien nonce de Lucerne, en ce moment en mission à Genève. Le vénérable Bonhomo connaissait mieux que personne l’état du diocèse de Bàle et les difficultés au milieu desquelles son évêque se débattait depuis dix ans. Grâce à sa protection et aux explications catégoriques que le nonce donna au Saint-Siège, Christophe de Blarer trouva au sein du sacré collège des amis qui prirent sa défense. On chargea l’archiprêtre de Verceil, Jean-Baptiste de Nobilibus, d’examiner cette affaire: c’était un homme instruit, capable, très versé dans les questions de ce genre. Après une enquête approfondie, faite à Porrentruy et à Fribourg (octobre 1586), il alla lui-même à Rome et fd donner gain de cause au mémoire justificatif de l’évêque de Bàle, mémoire où Christophe de Blarer, dans un langage noble et digne, exposait la position de son évêché et les efforts tentés par lui depuis dix ans pour l’améliorer. Le triomphe de l’évêque de Bàle fut d’autant plus éclatant que la lutte avait été plus vive et les débats plus solennels. 1
Le traité de Baden, en supprimant la combourgeoisie de Bâle avec le val de Laufon, rendait la tâche de l'évêque plus facile et son succès plus assuré. Dépourvus de leurs alliés les Bâlois, livrés à leurs propres forces, les sujets de Christophe de Blarer ne pouvaient soutenir la lutte contre leur seigneur, appuyé des puissants et dévoués cantons catholiques. Cependant, on ne se rendit pas sans coup férir et, quoique moins accentuée, la lutte se poursuivit sourdement encore quelques années.
La résistance se manifesta d’abord à l’occasion du nouveau calendrier grégorien que l’évêque avait introduit dans son diocèse et dont il prescrivit l’observance aux gens de Laufon. On sait que, pour ramener l’équinoxe de printemps à sa vraie date, 21 mars, et pour rendre aux fêtes chrétiennes la place qui leur appartient dans l’année ecclésiastique, le pape Grégoire XIII remplaça le calendrier julien défectueux et inexact par le calendrier qui a gardé le nom du grand pontife, son auteur. La réforme prescrite par la bulle du 2 mars 1582 fut mise à exécution en Italie cette année même: on supprima dix jours du mois d’obtobre et le 5e de ce mois devint le 15e. Dans l’évêché de Bâle, le nouveau calendrier entra en vigueur l'année suivante, en 1583: le prince de Blarer ordonna que le 21 octobre serait compté pour le 31 de ce mois, qu’on ferait ce jour-là la vigile de la Toussaint et que le lendemain serait le 1er novembre. Le bourgeois de Delémont qui notait dans son petit journal les événements extraordinaires de l'année n’a pas manqué de relater cet avancement des jours, comme il l’appelle. „Au mois d’octobre, dit-il, nous avons commencé à avancer les fêtes de dix jours sur le dimanche des
1 Le professeur Lorichius, chanoine de la cathédrale, fit sa soumission et ses excuses à l’évêque de Bàle. le 1er janv. 1589. Sa lettre est reproduite en entier dans le livre de l’antistès Burckhardt, p. 196.