‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 154 sur 612 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

bénissons de Courtételle. On commença le lendemain à jeûner qui fut la veille de la Toussaint. Nous n’eûmes point de S. Simon et Jude cette année-là. “ Les protestants refusèrent d’adopter la réforme du calendrier. Ainsi, quand après le traité de Baden, Christophe de Blarer l’imposa au val de Laufon, il y eut résistance et réclamation. On trouvait l’ancien calendrier plus commode; depuis soixante ans, on suivait Vordo bâlois qui ne portait plus les fêtes prescrites par l’évêque. Laufon et les communes voisines demandaient à l’évêque de garder leurs anciens usages et le calendrier bâlois; leurs plaintes furent non avenues. Les prédicants portèrent la question à Bàle, dans une réunion générale des pasteurs : on discuta la mesure prise par le prince; on la trouva opposée aux commandements de Dieu ; mais on jugea toute réclamation inutile devant le parti pris par l’évêque d’anéantir dans ses États le protestantisme (22 mars 1586).

Laufon témoigna sa résistance en lacérant l’ordonnance épiscopale. Christophe de Blarer fut très irrité de ces procédés insultants: toutefois il ne prit aucune mesure de rigueur et se contenta d’envoyer à Laufon un homme qu’il jugeait capable à lui seul d’amener la ville à l’obéissance et à la soumission. Cet homme, qui tient une grande place dans l’histoire de cette époque et qui a eu une action remarquable sur les hommes et les choses de notre pays, s'appelait Jodocus Ittœus: il était jésuite. Le prince, dans un voyage qu’il fit à Lucerne, passa quelques jours en retraite chez les Pères de la Compagnie; il admira la science et la piété qui les distinguaient, et forma dès lors le dessein de s’adjoindre pour l’œuvre de la réformation de son diocèse, des ouvriers évangéliques aussi dévoués que ceux-là. A sa prière, le nonce Octave Paravicini obtint du pape Sixte Y une lettre qui enjoignait au provincial Ferdinand Alber d'envoyer à l’évêque de Bâle un jésuite de Lucerne. Ce fut le P. Jodocus Ittœus, accompagné d’un frère coadjuteur, qui fut désigné pour cette mission. C’était un homme instruit, prudent, d'une grande austérité de vie, bon orateur et infatigable au salut des âmes. Le recteur du collège de Lucerne ne consentit à s’en séparer que pour un mois. Le jésuite arriva à Laufon vers la fin d’août. 1588. Il n’y trouva que le diacre Jacques Byn de Bâle; le pasteur Tobie Bupp avait été destitué par l’évêque et renvoyé le 1 8 juillet précédent. Le P. Ittœus se mit courageusement à l’œuvre. En huit jours, il convertit soixante personnes: le mouvement était donné; le dimanche avant l’Exaltation de la Sainte-Croix, l’évêque de Bâle officia pontificalement à Laufon, au milieu d’une grande affluence de peuple, 1 1 septembre. La sainteté du religieux, Fonction de sa parole, l’ardeur de sa foi, l’aménité de ses manières lui gagnèrent les sympathies du grand nombre. Tout alla si bien qu’au bout d’un mois, l’évêque de Bâle refusa de laisser partir le jésuite, et qu’il fit tant auprès du nonce de Lucerne que le recteur laissa jusqu’à Pâques 1589 le P. Jodocus à Laufon. 1

Le pasteur protestant ne put voir, sans s'irriter, ses paroissiens lui échapper en si grand nombre. Il lui arriva plusieurs fois à l’église d’insulter les convertis et de traiter de mamelouks ceux qui désertaient la réforme. Plainte fut portée à l’évêque par le maire et le conseil de Laufon. Les magistrats de la cité protestaient de leur soumission et de leur obéissance à leur seigneur: „Nous voulons à l’avenir Vous obéir, non seulement pour le sermon et pour la messe, mais pour tout ce que Vous nous ordonnerez. Nous ne pouvons vous cacher que le prédicant

Lettre de l’évêque de Bâle au nonce, du 9 décembre, au P. recteur de Lucerne, du 29 déc. 1588.

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