RETOUR DU VAL DE LAUFON AU CATHOLICISME
Byn a attaqué notre honneur dans un sermon, il y a trois semaines; il a traité les membres du conseil d’apostats et de mamelouks. Votre arrêt défend d’insulter ses adversaires à propos de religion. Nous prions Votre Grâce de nous tracer la conduite à suivre à l’égard de notre prédicant. Nous suivrons toujours Vos conseils."
Christophe de Blarer transmit la plainte au pasteur pour avoir ses explications. Byn répondit à l’évêque qu’il avait dû s’opposer aux tentatives faites le 9 octobre dernier par le bailli de Zwingen pour gagner les gens de Laufon à l'Église catholique; qu’il les avait conjurés de ne pas se laisser ébranler par tout vent de doctrine comme le roseau; quant aux conseillers qui, au lieu d’étre fidèles, paraissaient disposés à céder, il avait dit non pas qu’ils étaient, mais qu’ils paraissaient vouloir devenir des habitants de la vallée de Saint-Pierre et des mamelouks. Car qu’estce qu’un mamelouk , si ce n’est celui qui rougit de sa foi et la renie ..."
L’évêque communiqua au conseil de Laufon la réponse du pasteur. Le conseil maintint ses affirmations précédentes et réitéra ses plaintes. „Si un mamelouk
Monnaie du Prince Christophe de Blarer.
est ce que dit notre prédicant, ses ancêtres étaient donc des mamelouks Le
pasteur blasphème, lorsqu’il dit qu’il injurie par devoir et par ordre de Dieu
Il n’y aura pas de paix à Laufon, aussi longtemps que ce prédicant y sera. Le conseil demande sa destitution. Il ne s’oppose pas à ce qu’il y ait un prédicant,
mais il vaudrait mieux que tous eussent la même foi “ Christophe de Blarer
fit droit aux plaintes de Laufon, destitua Byn et lui enjoignit d’avoir à quitter la Hile et sa prébende dans la quinzaine et de ne plus prêcher dans la suite. 1 A sa place, il envoya à Laufon un nommé Sébastien Schmid, qui exerçait dans le grandduché de Baden, à Weil, les fonctions de maître d’école (février 1589); on le disait ignorant, sans courage et déjà gagné à l’évêque de Bâle.
C’était une défaite pour les réformés. Les catholiques l’emportaient par la qualité et le nombre. Le P. Ittœus avait obtenu de l’évêque un renfort précieux: un des chapelains du prince, maître en philosophie, élève brillant des jésuites, et un chanoine de Delémont, le Dr Zipper, étaient venus lui prêter le concours de leur ministère (décembre 1588). Quelques semaines après, un second jésuite, envoyé de Lucerne, le P. Morel Gradinus, vint joindre ses efforts à ceux du courageux P. Jodocus.2 L'évêque de Baie donna à ses officiers des ordres pour
1 Lettre de Christophe de Blarer au nonce apostolique à Lucerne, du 13 janvier 1589. = 2 Lettre
de 1 évêque de Bâle au P. Jodocus, du 14 janvier, et au recteur de Lucerne du 30 janvier.