CHAPITRE XXXII
il se prêta volontiers à favoriser de son pouvoir les projets du prince de Blarer. En chaire, il prêchait sans cesse l'obéissance et le respect à l'autorité ; afin de ne pas blesser la foi catholique, il communiquait ses sermons aux jésuites et au curé Ivirnbach qui les corrigeaient et s’expliquaient fréquemment avec lui. Lorsque les catholiques célébraient quelque fête, il la célébrait aussi de son côté. La question du cimetière lui fournit l’occasion d’amener les protestants à un acte de soumission aux ordres de l’évêque. Le 19 octobre (1589), ils déclarèrent devant les officiers envoyés par le prince qu’ils ne voulaient pas d’autre religion que la religion catholique et romaine; qu'ils ne désiraient pas d’autre pasteur que le curé catholique et qu’eux, leurs femmes et leurs enfants vivraient dans la même religion jusqu’à leur dernier soupir. Sur ces déclarations, le commissaire épiscopal interdit au prédicant de prêcher le dimanche suivant. Ce dimanche venu (22 octobre), la foide des deux sexes fut si nombreuse à la messe et au sermon catholique que l’église pouvait à peine la contenir. „ Ainsi, dit le prince, en terminant sa lettre, ces rebelles sujets qui depuis plusieurs années me donnaient, à grands frais, tant de besogne, qui avaient dépouillé les temples de leurs ornements, qui avaient détruit les autels des prêtres et profané toutes les choses divines et sacrées, qui avaient commis tant de sacrilèges et de crimes contre Dieu et les hommes, au point qu'ils n’avaient pas craint de conspirer, au mépris des alliances, contre moi et les miens, et qu’à peine, ils avaient laissé échapper de leurs mains sanguinaires mes commissaires qu’ils voulaient massacrer; ces sujets, enfin, parla miséricorde de Dieu, ont reconnu leur erreur et sont rentrés dans le giron de l'Eglise. Toute la ville de Laufon et ses faubourgs, tous les villages du bailliage de Zwingen, après le renvoi du prédicant, se sont réconciliés avec l’Église."
Le nonce reçut avec la plus vive joie la nouvelle de ce retour complet de Laufon à la foi catholique. Il en félicita le prince par une lettre du 15 novembre 1589. Pour maintenir et développer les excellentes dispositions des Laufonnais, il exhortait l’évêque de Bàle à faire venir deux jésuites qui pendant deux ou trois mois évangéliseraient ces contrées. Christophe de Blarer suivit le conseil du nonce : il cherchait en vain dans son clergé un curé pour Laufon. Deux jésuites, les PP. Georges Wittweiler et Martin Conrad, parcoururent le val de Laufon, faisant dans chaque paroisse une station pleine de fatigues et de consolants succès (mars 1590).
La réforme était vaincue. Les cinq villages du bailliage de Birseck, Oberwyl, Terwyl, Reinach, Alschwyler et Ettingen opposèrent encore quelques années une faible résistance. Le voisinage de Bàle encourageait les dissidents. Mais l’évêque poursuivait son œuvre sans se laisser arrêter par les obstacles. Peu à peu les églises furent partout réconciliées, les pasteurs expulsés de paroisses qui ne comptaient plus que quelques protestants et remplacés par des curés catholiques. En 1595, un rapport envoyé à l’évêque constatait quarante-cinq familles catholiques et quatre protestants à Therwyl ; à Ettingen, où en 1587 on comptait trente-deux maisons protestantes, il ne restait plus que six hommes attachés à la réforme. Oberwyl qui avait soixante- et-une familles protestantes en 1587 n’en comptait plus que quatorze en 1595; à Reinach, au lieu de quarante-cinq, il n'y en avait plus que quatre. Alschwyler, où l’ancien pasteur s’était retiré, fut le dernier village qui abandonna la réforme. Sébastien Schmid dut céder sa place à un curé catholique et se retirer à Binningen (1595).