CHAPITRE XXXII
stationnées en Ajoie trois cents sacs de grain et cent pièces de bétail, dont le commandant de Malleroy lui délivra un reçu en règle à Cornol. Le lendemain, le magistrat de Porrentruy est prévenu que toutes les recrues levées à Berne et aux environs doivent se rencontrer à Cornol et à Aile dans le courant de la semaine ; en même temps, on doit laisser passer (le 7 juillet) par les terres de l’évêché quatre à cinq mille arquebusiers français et cinq à six cents chevaux conduits par M. de Ghattilon qui ont déjà obtenu passage de Messieurs de Berne. Quelques jours après (10 juillet), le châtelain de Saint-Ursanne, Thomas Heudet, écrivait à Messieurs de Porrentruy qu’il venait d’apprendre que le colonel Tillmays de Berne arrivait avec ses troupes à Bienne, et se rendait de là, par Bellelay, en la châtellenie de Porrentruy pour y attendre les autres régiments qui devaient tous s’y assembler sur le 18 du présent mois, „au nombre desquels sont cinq enseignes de Neuchâtel qui avec trois compagnies d’arquebusiers français prétendent de passer mardi ou mercredi par la montagne des Bois". Le châtelain de Saint-Ursanne était bien informé, car le 17 juillet un messager accourait à Porrentruy prévenir le magistrat que „les soldats de Tillmays et Blosch de Bienne et ceux de Neuveville étaient au soir arrivés à Bellelay où qu’ils ont fait tuer le bestial, pillé l’abbaye, les deux vacheries, le vin qu’ils n’ont pu boire, épanché par terre, comme aussi ont dû tout pillé l’hoste dudit Bellelay, tellement que l’abbaye est réduite en grande ruine. Au reste, ajoutait le message, les fourriers sont passés par ici qui tirent à Cornol, pour faire préparer les logis pour ce soir. De payement il n’y en a point vers eux. . . Au reste faites bon guet, car sont gens bien hazardeux et sans crainte, vous disant sur ceux à Dieu. (Glovelier en hâte à 7 heures du matin; vous connaissez l’écriture.)" — Le même jour Henri Gindre écrivait de Bellelay qu’il était accouru le matin au couvent pour „ pourvoir au désordre et saccagement que trois enseignes y étant arrivés au soir, faisaient". Les pillards devaient être arrivés à Cornol.
Les cinq enseignes de Neuchâtel avaient dîné à Saignelégier et devaient se rendre à Gourgenay. En même temps arrivait par Bâle et Laufon à Delérnont un fort contingent des troupes recrutées pour le roi de Navarre, dans les cantons de Zurich, Berne, Schaffhouse et Claris. Au rapport d’un témoin oculaire, on en comptait quatorze bandières „qui se présentèrent devant la ville le samedi devant la Madeleine qui était le 18 de juillet. Treize bandières allèrent loger à Courrendlin et aussi à Develier. Ils n’en sortirent jusques lundi le matin. Ils pillèrent et robèrent tout leur drapelage, et bestiaux, brebis et veaux, pourceaux, oyes et gelines et beaucoup de grosses rouges bêtes. La ville et le pays leur délivra trente rouges bêtes et plus de quarante gros tonneaux pleins de pain et de farine qu’on leur amenait au camp, tant à Gorrendlin qu’à Glovelier et Correnol. Nous fûmes cinq jours en armes. Ceux qui étaient logés à Gorrendlin venaient par trente à la fois dans la ville, et quand ce nombre avait bu et mangé pour leur argent, on les mettait dehors de la ville et il en revenait un pareil nombre. Ce qui continua le dimanche tout le jour. D’autres se faisaient porter à manger devant les portes. Pendant que ces gens étaient à Gorrendlin, il y eut une alarme, car ils disaient que les bouchers de la ville les avaient voulu empoisonner et qu’ils avaient trouvé du verre dans la chair. Les bouchers furent pris par ces gens d’armes, comme Harno, Burgy et Marx Vignal au lieu de Gorrendlin, mais ils ne leur firent aucun mal. Ils venaient faire la sentinelle jusque vers le pré Chermiat,