CHAPITRE XXXIII
comme étudiant en philosophie en 1588; plus tard il avait appris les développements merveilleux et les bons offices de la congrégation ; il résolut de procurer ce bienfait à sa ville épiscopale. Porrentruy n’avait alors qu’une école de filles assez mal tenue, qui était loin de répondre aux besoins de la ville et aux désirs de sa religieuse population. Le prince s’adressa à la vénérable mère de Xaintonge et la pria de venir elle-même présider à la fondation d’un couvent de son ordre à Porrentruy. La vieillesse et les infirmités empêchèrent la Sainte de se rendre aux désirs de l’évêque de Bâle. Elle envoya à Porrentruy à sa place deux de ses tilles les plus capables, Anne Alteriet et Françoise-Ursule Barbier, chargées de tout disposer pour la fondation demandée. Les vénérables sœurs arrivèrent à Porrentruy le 7 mai 1619. Le prince les logea dans une maison qui lui appartenait, audessus de l'église paroissiale. Sur les instances de l’évêque de Bâle, et sur les recommandations de l’archevêque de Besançon, le conseil de la ville les reçut avec empressement et reconnaissance; par délibération du 18 juin (1619), il remercia les deux prélats „de la paternelle cure et soin qu'ils ont eu et ont en vers cette ville à l’érudition et éducation de la jeunesse, d’avoir introduit la dite religion des Ursulines". En même temps, il fut résolu „qu’on les prendra a la protection de
Monnaie de Guillaume Rinck de Baldenstein.
la ville avec Monseigneur". 1 Munies de cet acte authentique de réception, les sœurs ouvrirent leur petite maison à cinq postulantes de la ville qui prirent l’habit de leur ordre, dans l’église paroissiale, le jour de S. Jean-Baptiste de la même année; trois autres en firent autant à la fête de Ste Ursule, le 31 octobre 1619.
La vie austère, édifiante et pieuse des nouvelles institutrices, leur dévouement à l’éducation des filles qui leur étaient confiées, leur gagnèrent bientôt les sympathies de toute la ville. Le magistrat leur accorda, à plusieurs reprises, des secours en argent et en grain ; la population leur prodiguait les témoignages de sa confiance et de sa vénération. L’emplacement du couvent projeté leur fut gracieusement accordé par le conseil de la ville qui déclara à l’unanimité „ qu’on devait accommoder les Dames Ursulines, en tant qu’elles y voudront bâtir" (9 mars 1620). Le voisinage de l’église paroissiale, la tranquillité du quartier, son heureuse exposition, désignaient naturellement ce lieu au choix du prince et des sœurs. L’évêque de Bâle mit de suite la main à l’œuvre. Le 3 août 1621, il faisait marché avec maître Barthélemy Burger, maçon de Laufon, pour la bâtisse du couvent projeté. Le 29 septembre de l’année suivante, jour de S. Michel, il bénissait solennellement la place de la nouvelle église et en posait la première pierre. „On y dit une grand’ messe en musique, en laquelle nos
1 Livre des délibérations du conseil de la ville, aux archives de Porrentruy. Les Ursulines ont relaté dans leurs annales toutes les circonstances de leur arrivée à Porrentruy.