‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 192 sur 612 · THOMAS HENRIGI A LA COUR DE LOUIS XIII · texte numérisé non relu

THOMAS HENRIGI A LA COUR DE LOUIS XIII

troupes de Rheingraff qui nous menaçaient de nous perdre et de nous entièrement ruiner". 1

A peine les Suédois avaient-ils disparu de l’Ajoie qu’un autre fléau, tout aussi redoutable, fit son entrée dans la ville et la remplit d’inquiétudes et d’alarmes. La peste se déclare tout à coup aux abords du collège; on barricade, comme pour faire la part du fléau, la partie haute de la ville. Enfermés dans cette enceinte fatale, les Jésuites sont comme séquestrés du reste des habitants. Les dimanches et fêtes seulement, ils paraissent, à l’église paroissiale; leur église est fermée. La peste frappa deux des leurs: l’un professeur de poésie, l’autre simple frère, re-

Le cardinal de Richelieu.

nommé par ses connaissances en médecine, et qui était venu de Fribourg pour soigner les pestiférés. Victime de son dévouement, il mourut à la peine. 2 Le fléau fit pendant trois mois de nombreuses victimes.

Aux tristesses de cette épidémie meurtrière vinrent se joindre les inquiétudes et les charges d’une occupation militaire que la ville dut subir malgré toutes ses réclamations. Déjà au mois de juin ( 1 634), le marquis de Bourbonne, soupçonnant l’évêque de Bâle d’avoir des relations secrètes avec les Espagnols, avait envoyé à Porrentruy deux compagnies de ses troupes et autant à Saint-Ursanne. Ces compagnies, de 400 hommes, étaient commandées par les capitaines de Vignancourt. Lafontaine, Cadaniel et de Labarière. Du I 3 juin, jour de leur arrivée, jusqu'à la fin de cette année, la ville dépensa pour l’entretien de cette garnison 2800 livres bâloises; c’était pour la ville déjà épuisée par les impôts de guerre

1 Journal de J. H. Verger, avocat, témoin oculaire et narrateur de cette époque, p. 26. = 2 Annales

du collège de Porrentruy. année 1634.

et l’argent livré aux Suédois, une charge au-dessus de ses forces. L’évêque de Bâle, saisi des plaintes des bourgeois de Porrentruy, les transmit au marquis de Bourbonne, qui se retrancha derrière un ordre du roi. Dans cette extrémité, Jean- Henri d’Ostein n’hésita point, malgré les dangers du voyage, à députer auprès de Louis XIII et de Richelieu, un dignitaire de son chapitre, versé dans la conduite des affaires et dévoué au bien de l’évêché. Thomas Henrici, l’ambassadeur du prince- évêque de Bàle, était un homme aussi distingué par sa science que par ses vertus sacerdotales ; il fut pendant ce temps calamiteux, le conseiller et l’appui de l’évêque de Bàle. Docteur en théologie, protonotaire apostolique, archidiacre de la cathédrale de Bâle, prévôt de la collégiale de Saint-Martin à Colmar, vicaire général du diocèse, puis suffragant et évêque in partibus de Chrysopolis, il se montra dans toutes ces charges à la hauteur des événements difficiles et des temps agités qu’il traversait. Chargé d’une mission délicate auprès du roi de France, il quitta Delémont, où résidait alors l’évêque de Bàle, le 22 juin 1634; il lui fallut une semaine pour arriver à Paris. Pendant dix-neuf jours, il sollicite en vain une audience du roi. La cour est prévenue contre l’évêque de Bâle, prince d’empire et attaché par sa position aux armes de l’Allemagne : le pauvre ambassadeur est régulièrement éconduit et il se morfond inutilement dans les antichambres de Richelieu, du Père Joseph, du cardinal Bichi, du secrétaire royal, Bouthelier, etc. Enfin, le 21 juillet, grâce au capitaine suisse de Sonnenberg, il est admis à l’audience royale. Louis XIII le reçoit à Chantilly, écoute tout au long sa harangue et le congédie en l’assurant qu’il a toujours eu une singulière affection envers l’évêque de Bâle, qu’il a commandé au marquis de Bourbonne de mettre quelques soldats en son évêché pour le défendre contre les Suédois et non pour le charger. . . Thomas Henri se retire plein d’espérance ; tandis qu'il salue jusqu’à terre pour prendre congé du roi, Louis XIII lui pose sur la tête le chapeau royal, ce qui était un signe marqué de bienveillance et de faveur de la part du monarque. Muni de lettres du roi de France pour l’évêque de Bàle et pour le marquis de Bourbonne, le courageux et infatigable chanoine était de retour à Delémont le 3 août. Malheureusement, la missive royale ne contenait que quelques bonnes paroles pour l’évêque de Bàle tandis qu’elle laissait au marquis de Bourbonne pleine liberté d’action. 1

Le général français, trouvant ses troupes bien cantonnées à Porrentruy, ne songe nullement à rappeler ses soldats. Il accueille avec empressement des bruits qui courent sur l’évêque de Bàle; on l’accuse de vendre des blés à l’étranger; on assure qu’il a laissé passer par la seigneurie de Porrentruy des troupes pour le duc Charles de Lorraine. Le marquis de Bourbonne maintient l’occupation militaire de Porrentruy. Le prince d’Ostein charge les députés suisses de porter au général ses réclamations ; les envoyés des cantons sont fort mal reçus à Montbéliard: „ Outre cette compagnie, j’en enverrai encore d’autres, dit le marquis furieux, et si les sujets leur font le moindre déplaisir du monde, je les mettrai tout en feu et en sang. . . Nous savons mieux ce qu’il faut à l’évêque de Basle que lui-même. . . Il est encore assez brave homme, ajouta-t-il, pour sa personne, mais

1 Thomas Henrici a laissé par écrit une relation fort intéressante de son ambassade, qui se trouve aux archives de Porrentruy. (Politique, guerre de Trente-ans, 3e liasse N" 28.) En 1(142. il publia à Lucerne un ouvrage théologique intitulé : Gatena publica, hoc est moralis doctrina e continuis Scripturæ S. verbis, libri quatuor, in 4U. Thomas Henrici mourut en 1660; il avait été sacré évêque de Chrysopolis, au couvent de Mûri, par le nonce de Lucerne, le 11 octobre 1648. Il portait dans ses armes trois abeilles; avec cette devise : Ignavum fucos pecus à præsepibus arcent.

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