OCCUPATION DE PORRENTRUY
ses conseillers sont tous des schéhnes, lesquels lui perdront sa réputation et tout son pays. . . , et le prince est méprisable en ce qu’il n’oste toute cette canaille. L’évesque de Basle est du tout décrédité auprès du Roy. . . L’évêché de Basic avait la corde au cou ; je la suis allé couper ; dans deux mois, on verra les forces du Roy. . .“ 1 Effrayé de ces menaces, l’évêque de Bâle écrit à Louis XIII pour se défendre; Soleure en fait autant. Le roi répond d’une manière évasive: On lui a assuré qu’il est sorti quantité de grains de ses terres pour ceux qu’il sait être ennemis de ses alliés et il’ être pas fort affectionnés à cette couronne. . . Il a pleine confiance au marquis „ lequel il ne peut croire avoir désiré de l’évesque de Basle et de ses sujets chose qui leur soit impossible". Il lui demande seulement „de réserver ses grains pour ses armées, moyennant payement qui sera exactement fait". Le marquis de Bourbonne reste maître du pays; ses soldats y tiennent garnison et la seigneurie de Porrentruy est en outre obligée de lui fournir gratis cinquante chevaux harnachés et équipés. Quelque temps après, on apprend à Montbéliard que l’armée du duc de Lorraine envahit l’évêché, placé sous la haute protection du roi de France. Le duc de Rohan, lieutenant général des armées royales, alors à Mulhouse, en est aussitôt informé. C’était un faux bruit; le duc de Lorraine, ennemi des Suédois, avait bien fait demander à l’évêque de Bâle de recevoir dans ses Etats quatre régiments de cavalerie ; mais le prince d’Ostein avait si bien motivé son refus que le duc avait renoncé à ce projet. Malgré cela, le marquis de Bourbonne, sur l’ordre de M. de Rohan, envoie à Porrentruy le marquis de Saint André avec vingt-cinq cavaliers „pour mettre la ville en sûreté et lui conserver le repos dans lequel le roi l’a maintenue jusqu’à cette heure" (20 mars 1635). 2 Cette garde d’honneur coûta 15,600 livres bâloises, plus 900 livres pour quatre chevaux offerts à M. le marquis.
Ces charges sans cesse renaissantes et croissant tous les jours épuisaient la ville et la menaçaient d’une ruine complète. On se décida d’envoyer au duc de Rohan, qui campait à Mulhouse, une députation composée de représentants des cantons catholiques et d’un membre du conseil pour faire auprès du général français les réclamations et les plaintes de la population écrasée par ces impôts excessifs. Les envoyés rencontrent le duc à Cernay. Ils exposent l’objet de leur mission. Le duc se récrie: on a vu des cavaliers passer le Rhin, se jeter dans l’évêché; c’est l’avant-garde d’une armée formidable. Porrentruy s’apprête à ouvrir ses portes aux ennemis du roi; mais la trahison aura son châtiment; le marquis de la Force a des ordres formels ; il doit prendre la ville, et la livrer aux flammes et au pillage. 3 Effrayés de ces menaces, les députés se hâtent d’interposer leurs bons offices; ils montrent au duc une lettre du Marquis de Saint- André, protestant du dévouement
1 Archives de Porrentruy. Relation d’une ultérieure négociation des 7 cantons catholiques suisses près du marquis de Bourbonne (24 février 1635). = 2 Voici la lettre adressée à cette occasion par le général français au magistrat de la ville: „Le marquis de Bourbonne, chevalier des ordres du roy, maréchal de camp en ses armées, l’un de ses lieutenants-généraux au gouvernement de Champagne, et commandant pour Sa Majesté dans le comté et la ville de Montbéliard et Evesché de Basle. — Voyant les entreprises et pillage que font les troupes ennemies du Roy sur les pays et terres qui sont en sa position, spécialement sur les terres de M. l’évesque de Basle. nous avons trouvé à propos, pour le bien du service du Roy, et la conservation dudit Evesché d’envoyer le sieur de Saint-André avec sa compagnie de chevau-légers et une de carabiniers pour entrer en garnison avec une compagnie de gens de pied allemans dans la ville de Polintru (sic), lesquelles troupes vivront suivant l’ordre et police que Sa Majesté veut être observé et attendront audit lieu nouvel ordre. — Fait à Montbéliard ce 19 mars 1635. Signé: Bourbonne — par
commandement de Mgr, Lenoir. (Aux archives de Porrentruy, guerre de Trente-ans.) = 3 Lettre du
duc de Rohan, aux cantons catholiques, datée de Mulhouse, 25 mars 1635. (Ibid.)