‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 194 sur 612 · CHAPITRE XXXÜI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXÜI

des bourgeois de Porrentruy pour les Français; ils repoussent avec indignation toute pensée de trahison. Le duc, revenu à des sentiments plus modérés, reconnaît qu’il a été trompé et que le marquis de Bourbonne l’a mal informé. Il fait aussitôt dresser par Barrière, son secrétaire, un contre-ordre pour le marquis de la Force et une lettre de sauvegarde pour l’évêché de Bàle. 1 Munis de ces pièces importantes, les députés s’élancent sur leurs chevaux et, après une course désespérée, atteignent enfin le marquis de la Force qui marchait sur Porrentruy avec son armée altérée de pillage. Le général s’incline devant l’ordre du duc de B.ohan et ramène ses troupes à leurs premiers cantonnements. 2 Deux fois dans le même mois (25 mars 1634 — 1635) Porrentruy fut sauvé d’une ruine complète. Le duc, ayant signé la sauvegarde du pays, le 25 mars, jour de l’ Annonciation de la Ste Vierge, on rapporta encore, et à juste titre, à la puissante et bienveillante protection de la mère de Dieu, la délivrance de la ville si sérieusement menacée.

Cependant tout danger n’avait pas disparu : après les Français, voici venir les soldats du duc de Lorraine. Le 14 avril 1635, deux mille cavaliers hongrois, avant-garde de l’année de Lorraine, arrivent aux abords de la ville et en demandent la reddition immédiate au nom de l’empereur. Pille, le capitaine français, se retire avec ses cinquante hommes au château. 3 Cinquante Hongrois avec leurs chefs prennent quartier en ville. Le lendemain, le colonel Mercy, un des plus braves officiers du duc de Lorraine, se présente avec trois cents soldats. Il réclame de nouveau la remise du château entre ses mains; Pille essaie d’abord de résister; avec ses cinquante hommes, il bombarde la ville pendant plusieurs heures. De son côté, Mercy riposte en lançant des boulets du haut des tours de la place. Les forces étaient trop inégales; sur les instances des députés suisses, les Français consentent à abandonner la ville aux Hongrois. Pille et sa petite garnison se retirent avec les honneurs de la guerre à Delle, puis à Montbéliard. Accusé de trahison, puis dégradé pour avoir mal défendu le château de Porrentruy, le capitaine français fut plus tard, après une enquête plus sérieuse, renvoyé absous et les juges reconnurent qu’il avait fait bravement son devoir. 4

Après quelques jours de repos, les Hongrois quittent Porrentruy. C’étaient des hommes durs à la fatigue et nés pour le travail. Ils portaient un sabre pendu â la ceinture et une hache d’acier; deux poches y étaient aussi attachées; dans l’une ils renfermaient les vivres et les objets les plus nécessaires; ils remplissaient l’autre d’outils, d’effets d’habillements, de fers à cheval, et de tout ce qu’il fallait pour ferrer leurs chevaux. Leur général Gaspard Dowitz était un

1 Voici cette lettre de sauvegarde : „Le duc de Rohan, pair de France, lieutenant-général de l’armée du Roy. Ayant, pour certaines considérations, pris et mis en la protection et sauvegarde du Roy et la nostre, les terres dépendant de l’Evesché de Basle, Nous deffendons très expressément à tous capitaines

chefs et conducteurs de gens de guerre, maréchaux des logis, et tous au] très qu’il appartiendra, de loger dans les dites terres sans nostre ordre ou celuy des maréchaux de camp, ni souffrir y estre logé pris fourrage et emporté aucuns grains, bestiaux, fourrages, ni aultre chose quelconque, à peine aux contrevenans d’estre châtié selon la rigueur des ordonnances. En témoin de quoy, nous avons signé les présentes, à icelles fait apposer le cachet, de nos armes et contresignées par le commis de nostre secrétaire. Fait au camp de Mülhausen, le vingt- cinquième jour de mars mil six cent trente-cinq. — Ainsi signé par Monseigneur. — (L. S.) Barrière/ (Archives de Porrentruy.) = 2 Dans les comptes de la ville, les frais de cette députation figurent comme suit: „Dépenses faites par les députés de la ville envoyés à M. de Rohan, campé aux environs de Thann, pour empêcher que la ville ne fut pillée, ruinée et brûlée, faisant croire que de ce ils en avaient reçu la charge dudit Sieur de Rohan 75 livres; ,5 la trompette qui les conduit 100 livres. (Archives de Porrentruy.) — 3 Dans les comptes de la ville, pour 1635 on lit:

„Pour l’entretien de la compagnie de M. le capitaine Pille de 50 hommes depuis le 1" janvier jusqu’au

16 avril, 350 livres. = 4 Les Suédois dans l’évêché de Bàle, trad. Trouillat, p. 40 et suiv.

Page 1