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CHAPITRE XXXIII

Louis Laverne, originaire de Bourgogne, était maréchal de camp et colonel, chevalier du conseil de guerre de l’empereur, connu par sa bravoure et sa fidélité à son drapeau. Il prend aussitôt les mesures les plus sévères pour assurer la résistance en cas d’attaque. Il fait consolider les portes, fortifier les rues, réparer les murs, brûler toutes les maisons de plaisance et toutes les autres constructions légères en dehors de la ville. Par son ordre, on publie à son de caisse les articles représentés par lui au conseil de la ville (30 mai 1635). On fait le dénombrement des bourgeois; un règlement spécial fixe le mode d’entretien des officiers et des soldats.

Chaque soldat devait avoir une demi livre de pain et trois sols de France par jour, et quatre livres de viande par semaine. Défense est faite aux hôtes (aubergistes) de loger quoi que ce soit sans avertir le magistrat. Ordre aux étrangers qui ne pourraient s’entretenir pendant trois mois, de sortir de la ville. On visite le grain et le vin de la ville; on recherche les munitions de guerre. On fait provision de bois. En cas d’alanne, chaque bourgeois doit mettre une lanterne avec une chandelle à sa fenêtre. Défense de laisser sortir des vivres ; défense aux bourgeois de sortir de ville ; le soir, les rues devront être éclairées. En cas d’alarme, on doit placer des falots sur les murailles. On recherche le plomb propre à faire des balles. On porte les fumiers devant les portes de la ville. On recueille le salpêtre pour la poudre. On dresse des palissades autour de la ville. 1

L’ennemi s’approchait de la place. Le 2 juin, on vit apparaître aux environs dePorrentruy environ trois cents cavaliers qui, depuis huit heures du matin jusqu’à trois heures du soir, firent caracoler leurs chevaux dans toutes les directions pour reconnaître les abords de la ville et empêcher les bourgeois d’y entrer et d’en sortir; ils allèrent ensuite loger à Bure. Le lendemain (3 juin 1635), le colonel Birseck envoie un parlementaire pour demander la reddition de la place, au nom du maréchal de La Force. Laverne fit répondre qu’il ne rendrait la place qu’à l’empereur. Sur ces entrefaites, les restes des Suédois, formés d’une partie de l’armée française, sous la conduite du landgrave deFIesse et du comte de Nassau, fixèrent leurs tentes le long de la petite colline au-dessous de Gourtedoux, coupèrent toutes les moissons et les firent si bien pâturer par leurs chevaux qu’il n’en resta pas un épi. Laverne fait aussitôt abattre deux hauts tilleuls qui étaient près de la porte de Bourgogne et tous les arbres fruitiers ou autres plantés autour du château. Le 8, il commande d’abattre ou d’incendier toutes les maisons situées hors du mur d’enceinte; ce fut à grand peine que les bourgeois obtinrent que l’église Saint-Germain serait épargnée. L’arrivée d’un détachement d’infanterie française empêcha l’exécution de ces ordres. Cette troupe était arrivée sans être inquiétée par le vallon de Fontenais.

Laverne ne comptait que huit cent vingt hommes de garnison, et quelques bourgeois armés; cependant la ville était ceinte d’un bon fossé, défendue par une forte muraille, par un large étang du côté de l’est, par des tours et des redoutes qui pouvaient offrir une résistance prolongée.

Le 9 juin, pendant la nuit, les Français mirent en batterie quatre pièces de canon, derrière le mur d’enclos d’un jardin particulier, à environ trois cents pas de la ville; le lendemain, jour de dimanche, ils ne cessent de tirer contre les murs

1 Archives de Porrentruy, guerre de Trente-ans,

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