‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 198 sur 612 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

français avaient leur logis ; le comte de Nassau et le landgrave de Hesse étaient à Courtedoux.

Le siège fut poussé énergiquement dès le 12 juin. La veille au soir, on avait tiré quatre coups de canon pour avertir les assiégés qu'ils eussent à se préparer au combat pour le lendemain. Les Français avaient amené de Montbéliard deux énormes pièces de siège que les bourgeois prirent d’abord pour des troncs d’arbres coupés dans la forêt voisine; en les voyant traîner avec tant d’appareil et un si grand nombre de chevaux, ils croyaient qu’on voulait seulement les effrayer; mais c’étaient bien deux gros canons de bronze que l’ennemi s'empressa de monter et de mettre en batterie près de l’usine de la Schliff, à une centaine de pas à peine des murs de la ville. L’emplacement était bien choisi et très favorable aux assiégeants ; ils n'y pouvaient être inquiétés ni par le château ni par aucune des tours de la ville. C’est de cet endroit qu’ils battirent en brèche le mur d’enceinte pendant la journée du 12, depuis le lever du soleil jusqu’à dix heures du soir; mais ils n'y firent qu’une trouée qui avait à peine le diamètre d’un muids. Un témoin oculaire évalue à cent cinquante- cinq les coups tirés contre la place, ce jour-là; 1 2 les murailles du haut de la ville, derrière la maison du vieux curé, en furent ébranlées et le mur commença peu à peu à menacer ruine. Les bourgeois et les habitants, excités par les soldats de la garnison ou, par leur ordre, s’empressaient de réparer les ruines ; ils apportaient des pierres, du bois, du fumier, faisaient des retranchements de terre, tiraient sur l’ennemi avec de petites pièces de canon et à coups de fusil ; ils avaient aussi préparé une certaine quantité de cercles, enduits de bitume, de poix et de soufre, qu’ils se proposaient de jeter sur les assaillants après y avoir mis le feu. Mais sous les coups redoublés du canon ennemi, une grande partie du mur s’écroula dans le fossé; la brèche était ouverte, l’ennemi s’apprêtait à monter à l’assaut de différents côtés ; les Suédois s’approchaient des murailles avec des échelles et allaient tenter l’escalade. Toute résistance était inutile. Le peuple et le clergé supplièrent Laverne de capituler et de sauver la 'ville des horreurs d’une prise d'assaut.

On avait soutenu le siège pendant quelques jours; la poudre allait manquer; la brèche était béante, l’ennemi aux portes de la place. Laverne fit aussitôt battre par un tambour la chamade sur la brèche; aussitôt les assiégeants cessèrent leur tir. Les députés de la ville se rendent à Fontenais pour y débattre les articles de la capitulation. Pendant qu’on négociait, quelques bourgeois, ignorant les usages de la guerre, tuèrent à coups de fusil, deux officiers très estimés du maréchal de la Force. Cette imprudence mit le maréchal dans une telle colère que peu s’en fallut qu'il ne rejetât toute soumission. On parvint à le calmer, des otages furent échangés de part et d’autre, et la paix signée aux conditions suivantes :

1° Dans la ville et le château de Porrentruy ne sera permis aucun exercice contraire à la foi catholique, apostolique et romaine.

2° Les bourgeois jouiront des mêmes privilèges et immunités qu'auparavant.

1 Remarques de J. Guenin. — La charpente de l’église du collège porte encore les traces des ravages des boulets: on a figuré à l'extérieur en bas-relief les boulets qui avaient endommagé l’aile sud-est de l’église; on en compte 12. (Abeille du Jura, 1. II. p. 246). — En 1767, au mois de mars, lorsqu’on raccommodait le mur derrière les jésuites, le P. Voisard a vu tirer une huitaine de boulets qui étaient à

2 pieds dans ce mur; il y en avait de 10. de 16, de 20 livres. (P. Voisard, Histoire des évêques de Bâle, p. 427).

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