‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 208 sur 612 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Le jour de Pâques (23 mars 1636), des soldats de la garnison de Porrentruy avaient arrêté dans l’église d’Huningue, où il s’était rendu pour assister au service divin, le bailli de Delémont, Jean-Érard Schenck de Castel, qui résidait à Bâle avec sa famille, et l’avaient écroué avec les siens au château de Porrentruy. C’était un homme très honorable, d’une conduite irréprochable et à couvert de tout soupçon de complicité avec les ennemis de la France. Il n’en fut pas moins traité comme un scélérat. On lui demanda pour sa rançon d’abord 36,000 florins; il finit par promettre 1500 doublons d’or, soit 9000 florins, somme bien au-dessus des ressources dont il disposait. Cependant sa famille trouva la somme exigée et ce fut Jean- Jacques de Staal, membre du conseil de Soleure et parent du prisonnier, qui apporta sa rançon. Le bailli fut mis aussitôt en liberté; mais le jour même, le comte de la Suze qui espérait jouir de cette énorme rançon, fut frappé d’une mort subite.

En même temps que cette nouvelle arrivait à Porrentruy et frappait d’étonnement et même de terreur les Français et les pauvres bourgeois, quelques campagnards effrayés venaient raconter les actes horribles de cruauté commis par les troupes d’occupation. A Fontenais, les Impériaux s’étaient saisis d’un maréchal ferrant, l’avaient suspendu par les bras au-dessus d’un feu de paille et l’avaient abandonné demi-mort, brûlé jusqu’à la ceinture. A Courchavon, ils avaient torturé de la sorte un pauvre vieillard qui mourut à petit feu sur des gerbes enflammées. Dans la vallée de Delémont, on signalait des actes de cruauté qui faisaient frémir d’indignation et augmentaient les inquiétudes et la crainte des pauvres paysans. A Bassecourt, les soldats firent périr de faim dans une étroite prison un jeune homme d’une très bonne famille; à Yennes, ils placèrent devant une table bien servie un autre jeune homme, en lui défendant sous peine de mort de toucher aux mets qui étaient à sa portée: après quelques jours de ce supplice, le pauvre reclus expira des horreurs de la faim, au moment où on le retirait de ce lieu de souffrances. Son père mourut aussi de faim dans un grenier voisin où on l’avait enfermé.

L’hiver de 1636 fut exceptionnellement doux; au mois de janvier les prés étaient verdoyants, les arbres en fleurs; les Impériaux, non contents de dévorer toutes les provisions de l’année écoulée, forcèrent les paysans de passer la charrue sur leurs champs en pleine végétation, afin de leur ôter toute espérance de récolte future. Un prêtre avait écrit de Porrentruy à son frère qui était gardien des capucins à Delémont; il chargea un pauvre enfant de porter cette lettre qui ne renfermait rien de compromettant. Le lieutenant-colonel de Mora surprit le message, fit remettre la lettre à son adresse, mais il fit couper une oreille à ce pauvre enfant. Rien n’échappait à la rapacité des soldats; le vol était à l’ordre du jour; rien n’était sacré, les églises étaient pillées, saccagées, les cloches brisées, mises en pièces et vendues à vil prix.

Le village de Rebeuvelier fut presque entièrement brûlé par ces barbares; l’église même ne fut pas épargnée ; il ne resta debout que deux maisons. A Courfaivre, ils se saisirent d’un habitant de ce village, soupçonné d'avoir favorisé la désertion de quelques soldats; ils le jugèrent militairement, sans vouloir suivre les voies juridiques ; il fut condamné à être empalé vif; cependant, cédant à d’instantes prières, les bourreaux lui coupèrent la tète avant de l’empaler. A Mervelier, voulant surprendre un paysan accusé du même crime, quelques soldats se déguisèrent en femmes et lui demandèrent le chemin qui conduisait dans le canton de Soleure;

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