‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 210 sur 612 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

de l’Ajoie. Les habitants, se voyant abandonnés, évacuèrent leurs maisons et se réfugièrent dans les montagnes voisines. 1

Porrentruy, grâce à sa garnison, fut épargné par ces troupes pillardes; mais la pénurie de blé où la ville se trouvait, à cause des passages interceptés, fut l’occassion de vexations de toutes sortes de la part des Français, qui croyaient voir une entente entre les habitants et les accapareurs des blés. Le docteur Bassand de Porrentruy s’était chargé d’acheter du blé pour les Français qui lui avaient remis de l’argent à cet effet: il en avait fait conduire à Tavannes une importante provision qui provenait de Suisse. De Tavannes, il écrivit à Porrentruy que ce blé serait probablement saisi en chemin si on n’obtenait de l’évêque de Bâle un laissez-passer. A cette nouvelle, les Français s’indignent, et menacent de mettre tout à feu et â sang. On envoya deux bourgeois à l’évêque qui déclara qu’il répondait de ses sujets, mais qu’il ne pouvait empêcher les Impériaux cantonnés à Saint-Ursanne d’arrêter les convois de blé qui étaient destinés à la garnison française. Les bourgeois de Porrentruy n’en furent pas moins obligés de fournir aux soldats le pain nécessaire à leur subsistance, malgré la cherté des céréales et la difficulté de s’en procurer.

Le siège d’Héricourt, qui eut lieu au commencement de 1637, fit pendant quelque temps diversion à ces querelles domestiques. Les Impériaux, après une campagne malheureuse en Bourgogne, avaient battu en retraite, ne laissant dans ce pays que quelques compagnies, qui firent le siège d’Héricourt sous la conduite du baron de Sius. Les Français casernés â Montbéliard, à Belfort et à Porrentruy, firent de fréquentes sorties pour prêter main-forte au courageux commandant de la place, le capitaine Lalande; ils inquiétaient les assiégeants par de vives escarmouches. L’arrivée du comte de Grancey, gouverneur des troupes françaises à Montbéliard, fit lever le siège et sauva Héricourt du pillage.

Pendant ce temps, les Bourguignons essayèrent de prendre Porrentruy par la ruse. On fit à quelques bourgeois des ouvertures secrètes pour les engager à livrer la ville par trahison. Indignés d’une telle proposition, ces bourgeois répondirent qu’ils avaient appris de leurs ancêtres â se conduire autrement et qu’ils abhorraient par-dessus tout le rôle de traître; qu’ils ne légueraient jamais à leurs descendants une telle tache, et que si les Bourguignons voulaient enlever cette ville aux Français, ils devaient d’abord en demander la reddition et la prendre ensuite par les armes, etc. Ne pouvant avoir recours à la trahison, les Bourguignons tentèrent un coup de main. Un matin, à la pointe du jour (3 janvier 1637), quatre-vingts cavaliers allèrent se poster en vue de la ville, derrière la colline sur laquelle passe le chemin de Sainte-Croix ; de là ils devaient tomber sur les Français qui sortiraient de leur poste. Quelques-uns cependant s’approchèrent de la ville et lancèrent toutes sortes d’injures et de propos insultants à l’adresse de la garnison française et de ses chefs. Aussitôt les. officiers français montent à cheval, s’élancent sur les Bourguignons, en blessent quelques-uns et mettent les autres en fuite. L’attaque fut si précipitée que les Français n’avaient pas même eu le temps de prendre leurs armes: le capitaine Cadaniel n’avait qu’un sabre; Vignancourt avait un fusil, mais il avait oublié la poudre et les balles; il leur suffit de mettre en joue les Bourguignons pour les mettre en fuite. 2

1 Les Suédois, p. 106. = 2 Ibid., p. 117.

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