PORRENTRUY A RECOURS AU ROI LOUIS XIII
drapeaux de la soldatesque et celles des quatre compagnies à l’église; on sonna toutes les cloches, on chanta le Te Deum et l’on tira tous les canons et on fit un grand feu sur la place.
„ Après la prise de Brisach, Thann et Landskron (19 décembre 1638), l’armée suédoise vint à Charmoille, Miécourt, Courgenay, Aile avec le régiment de M. de Longueville où ils s’arrêtèrent trois jours et occasionnèrent une telle cherté en ville que le penal de blé qui était de 45 sols enchérit à 3 livres 10 sols; le pot de vin qui était à 7 sols 6 deniers se payait 15 sols à 20 sols. Ces armées passèrent en partie par Saint-Ursanne et en partie par Montbéliard pour aller en Bourgogne. “ 1
Les chefs de la garnison étaient si bien installés à Porrentrny qu’ils y avaient ménages, femmes et enfants. Les registres paroissiaux mentionnent plusieurs baptêmes qui rappellent les officiers français. Le 3 août 1638, Robert de Vignancourt, commandant de la place de Porrentrny, présentait au baptême un enfant dont la mère avait nom Ursule Farine; le parrain était M. Antoine de Vignancourt qui donnait son nom à l’enfant. L’année suivante, le 2 août, nouvel enfant nommé au baptême Attheta. — Plus tard, en 9 juin 1 642, le curé de Courtedoux, Jean Moingenat, est parrain d’un fils de Robert de Vignancourt qui est appelé Jean. Une tille née en 1644 (26 avril) porte le nom de Marie-Françoise.
En 1639 nous trouvons un autre officier, François Cadaniel, faisant inscrire et baptiser le 9 juin un enfant qui porte le nom de Jean; la mère s’appelle Catherine Maguin. A cette époque, on comptait à peine dix-neuf à vingt baptêmes par an dans la ville occupée et ruinée. Les registres paroissiaux mentionnent encore une fille (Jeanne -Françoise) du capitaine La Bresche (5 janvier 1644); en 1646 (18 juin), pour le roi très chrétien le noble Seigneur La Villeneuve, marié à Clémentine Bagachin, fait baptiser un fils du nom de Jacques-François.
La ville pourvoyait de ses deniers à l’entretien des chefs et des soldats, mariés ou non. En 1639, à part 281 quartes de blé fournies par l’intendant du roi, vers la fin de l’année, elle dut payer 7,616 livres bâloises pour les vivres de la garnison qui s'était augmentée d’une compagnie provenant du régiment de Castel- Moront. Venu de France, ce régiment de deux cent, cinquante hommes avait passé à Porrentrny le 29 mars 1639 pour se rendre à Montbéliard; une compagnie en avait été détachée et envoyée en garnison dans notre ville. C’était une charge excessive pour ces temps de détresse et de misère . . .
Les chanoines de Saint-Michel relatent dans leurs annales qu’en cette année (1639) ils furent réduits à vivre de fruits sauvages et le montagnard Triponez rapporte à la même époque que ,,1’on n’avait ni grains pour ensemencer, ni bétail pour labourer, sinon fort chèrement pour ceux qui pouvaient trouver quelques secours dans la Suisse. La pauvreté fut si grande qu’on fut contraint de labourer et de tirer la charrue et la herse à bras avec six ou huit personnes, et du peu qu’on avait semé, il y eut une assez belle apparence jusqu’à la veille de la moisson que la vermine, les souris, se jetèrent dans les champs et y gâtèrent tellement le grain que
dans une nuit, ils y détruisirent quelquefois plus d’un journal 2 On était si
pauvre que plusieurs étaient pendant longtemps réduits à manger seulement leur lait caillé, se trouvant sans pain, et ce qu’ils avaient en sus pour se nourrir était fort
1 Journal de Cuenin. = 2 „Le 21 avril 1639, il tomba une grande quantité de neige et plus qu’il
n’en était tombé pendant tout l’hiver ; il fit des gelées bien fortes ; les arbres étant en fleurs furent tous gelés le vendredi saint, veille de S. Georges et même beaucoup d’arbres. “ Ibid.