‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 216 sur 612 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

peu de chose. Encore était-on content de pouvoir vivre en assurance dans son logis, tout petitement qu’on puisse vivre . . . “

Dans sa détresse, le magistrat de Porrentruy essaya de faire au gouverneur de Montbéliard, le marquis de Castel -Moront, quelques réclamations; la ville était déserte, le 4 avril (1639) quatre des meilleurs bourgeois, avec six paysans, avaient abandonné Porrentruy, avec toute leur famille; ils ne pouvaient plus suffire aux charges imposées par la garnison. On demandait au gouverneur de diminuer les troupes d’occupation et d’avoir pitié de la pauvre cité.

Le marquis répondit ;; qu’il était bien marry de la perte que Porentru avait fait de ses habitants, mais qu’il ne pouvait rien diminuer de soldats “. Le conseil, débouté de sa demande, à bout de ressources, s’adressa directement au roi de France; il espérait qu’informé de sa détresse, Louis XIII se sentirait touché du triste état de la ville et donnerait des ordres pour remédier à tant de maux. L’ambassadeur de France à Soleure promit d’envoyer à son adresse et d’appuyer auprès du roi la supplique qui relatait fidèlement les phases douloureuses de la guerre et de l’occupation militaire. Les archives de Porrentruy gardent la minute de ce document si plein d’intérêt pour l’histoire de cette époque. Il mérite d’être publié; nous le reproduisons fidèlement.

„Sire,

«Quand l’année 1634, les soldats de Votre Majesté vindrent en ceste ville de Pourantruy soubs la conduite de Mgr le marquis de Bourbonne, pour nous protéger contre les armées suédoises, l’on nous donna assurance que le tout se ferait aux despens de V. M. et lorsque Mgr de la Force reprit la ville, il nous fit espérer que nous n’aurions garnison que de deux compagnies. Et comme nous avons une très grande obligation à la bonté de V. M. de ce qu’il lui a plu de nous conserver, dont nous la remercions infiniment, aussy l’extrême nécessité nous contrainct de nous jeter aux pieds de Icelle avec très humble prière de gracieusement entendre, comme outre une grande quantité de pains qu’avons fourny aux armées de V. M. qui sont passées par ces quartiers, il nous a fallu entretenir les deux régiments du colonel Forbes par l’espace de dix-sept semaines, charge qui se monte à une excessive somme, quoy nonobstant il y a quatre années entières que nous demeurons chargés de quatre compagnies de piétons, lesquelles, outre le service ordinaire, il a fallu nourrir de pain et de toutes choses nécessaires, et quoyque nous nous en soyons par plusieurs fois plaint à Messieurs les gouverneurs et capitaines que V. M. a envoyés par deçà, si est-ce que nous n’en avons jamais été allégés, ains (mais) après avoir longtemps langui soubs un fardeau si pesant, allons estre ruinés de fond en comble, si la bénignité de V. M. n'y remédie, estant la majeure partie des maisons bourgeoises ruinées, les deux parts de nos bourgeois morts et les survivants réduits à telle extrémité qu’à faute de vivre, il leur sera forcé de quitter ce pays déjà tout brûlé et saccagé et d’aller mendier le pain ailleurs avec femmes et en fans.

„En outre, il y a environ trois ans que M. le comte de la Suze fit sortir les pères jésuites de ceste ville, depuis lequel temps nostre jeunesse, à notre grand regret, demeure sans estre catéchisée et enseignée, et n’ayant plus que rarement et avec grande incommodité des prédications, il est à craindre que peu à peu, nous ne tombions en un dangereux refroidissement de la religion catholique, apostolique et romaine.

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