RETOUR DES JESUITES A PORRENTRUY
„ Sachant donc que Votre Majesté, comme le fils aîné de l’Église, est portée avec un très ardent zèle tant pour la conservation de la vraie religion, que de ceux qu’elle a honorés de sa protection, nous la supplions très humblement, les mains jointes et les larmes aux yeux, qu’il lui plaise d’avoir pitié de nous, de permettre la rentrée des pères jésuites, sinon de tous (qui ne se pourraient nourrir), à tout le moins d’aulcuns qui sont enfans de la ville, et de nous décharger de deux compagnies de soldats et commander qu’aux aultres deux (si Votre Majesté les y juge estre nécessaires) à l’advenir le pain de munition soit donné . . .
„ Espérant que Votre Majesté jettera des yeux de miséricorde sur nous et nous accordera T entérinement de ceste humble requeste, nous ne manquerons de prier le grand Dieu pour la santé et prospérité de Votre Majesté et de mériter cette grâce, en toutes les occasions, nous recommandant très humblement à la continuation de sa bonne volonté; demeurons de Votre Majesté les très humbles et obéissants serviteurs, les maîtres-bourgeois et conseils des villes de Porantruy et S. Ursanne. “ 1
Cette supplique ne paraît pas avoir eu l’effet qu’on en attendait; la ville continua à être occupée militairement comme auparavant : elle dut même, en vertu d’un ordre émané de „ Henry Hurauld de L’hospital, sire de Belesbat et de Buts, conseiller du B.oy en son conseil d’État, intendant de la justice, police, finances et vivres ès pays de la haulte et basse Alsace et comté de Montbéliard," recevoir six chevau-légers de la compagnie de M. le marquis de Castelmoront (1639, 9 décembre).2
Cependant le retour des jésuites à Porrentruy fut autorisé par le roi. Outre la demande de la ville, le nonce du Pape à Paris avait interposé ses bons offices auprès de Louis XIII et du cardinal-ministre et avait facilement obtenu une faveur qui n’avait rien de politique: le collège de Porrentruy put espérer de meilleurs jours. Passé entre les mains de jésuites français qui durent céder aux nécessités et aux fâcheuses circonstances de ces temps déplorables, l’établissement avait dû être abandonné et les Pères avaient repris le chemin de la France (1638, après l’Ascension). Un piquet de soldats, commandé par deux officiers, avait aussitôt occupé la maison. L’ancien recteur, le P. Morel, retiré à Fribourg, avait en vain essayé de sauvegarder le collège en le mettant sous la protection du magistrat el du conseil;4 lui-même était venu à Porrentruy pour défendre de plus près une cause qu’il avait tant à cœur. Ne pouvant délivrer la maison de l’occupation militaire, il avait obtenu des officiers français qui veilleraient â la garde de tous les meubles et objets appartenant au collège, moyennant huit livres bâloises qui leur seraient payées chaque semaine. Il avait été autorisé à déposer chez une personne
1 Aux archives de Porrentruy, guerre de Trente-ans. = 2 Ibid., Lettre adressée au conseil de Polentruy (sic). — 3 Archives de l’ancien évêché de Bâle, liasse collège de Porrentruy, N° 149. Par lettre du L2l décembre 1639, l’évêque de Bâle remercie le nonce apostolique à Paris d’avoir fait rentrer les jésuites au collège de Porrentruy (in Castro Byrseck). = 4 Lettre du P. Jacques Morel aux maître bourgeois et conseillers de Porrentruy, du 3 avril 1638: ^Puisqu’il a plu à Dieu de permettre que l’état, du collège de Porrentruy soit venu en tel état que vous le voyez, je vous prie bien affectueusement d’en prendre la charge et d’y pourvoir selon ce que bon vous semblera, afin que ce qu’il y reste soit conservé après 1a. sortie de nos pères français. J’ai écrit à M. le capitaine de Vignancourt de vous assister et de ne permettre que celui à qui on donnera la charge soit molesté par les soldats ou autres ; je crois qu’il vous favorisera. Ce que vous débourserez, je vous le rendray, et vous iray trouver au plutôt, si j’entends que l’accès me soit permis et qu’on me laissera entrer si j’y viens. J’espère que vous me ferez ce service
en cette nécessité et ainsi demeure de cœur et d’affection votre très humble serviteur. “ Archives de
Porrentruy, guerre de Trente-ans.
Évêques de Bdle *