CHAPITRE XXXIII
de son choix, les clefs sous lesquelles i! avait enfermé les objets les plus précieux. Toutes ces précautions n’avaient pas empêché le collège d’être pillé et mis à sac. 1 Quand il n’y eut plus rien à prendre, les soldats se retirèrent sans peine et un prêtre avait été chargé de la garde de la maison.
Après la démarche du nonce à Paris el la supplique du conseil de la ville, le P. Morel avait reçu l’ordre de son général de retourner à Porrentruy. Le 25 novembre 1639, il rentra au collège avec le P. Bienassis et les frères Antoine Tuller et Désiré Poiche. La maison était vide; il ne restait que les quatre murs. On se hâta d’acheter les objets les plus indispensables, et vers la fin de l’année on rouvrit les classes ou plutôt la classe, car il n’y avait qu’un maître, arrivé récemment de Fribourg, le P. Nicolas Perrin. Lorsque la cloche du gymnase, qui depuis longtemps était muette, retentit de nouveau pour la première fois, il y eut une grande rumeur dans la ville. Un prêtre de Porrentruy tenait chez lui une classe et remplaçait tant bien que mal les jésuites. Au son de cette cloche si connue, toute la troupe écolière poussa un grand cri, ramassa livres et cahiers et se précipita en tumulte au collège, laissant le professeur courir après ses élèves. Ainsi, dit l’annaliste des jésuites, recommencèrent les études. Il y avait cinq ans que le collège avait suspendu ses classes. 2
Louis XIII avait exigé que la maison fût séparée de la province allemande ( Germaniæ superioris) et fût annexée à la province française de Lyon. Le général des jésuites céda à la volonté royale el par lettres du 26 mai 1640, le collège de Porrentruy fut déclaré français; le P. Bienassis en fut nommé recteur et le P. Morel, qui était suisse, dut quitter le poste qu'il occupait depuis tant d’années: on l’envoya à Lucerne (1641). Ces dispositions n’eurent qu’une durée éphémère. Le collège était sans revenus, sans ressources; les terres étaient abandonnées sans culture; les fermes ruinées ou désertes; les débiteurs morts ou en fuite; de plus, les relations avec la province de Lyon, par ces temps de guerre, étaient des plus difficiles, parfois même impossibles. Dans cette détresse, le P. Bienassis se décida à aller lui-même exposer sa misère à Louis XIII et à lui demander la restitution du collège de Porrentruy à son ancienne province, comme aussi le payement du blé pris aux jésuites, estimé à 2200 francs. 3 Grâce à la protection de M. de Noyers, secrétaire du roi, il obtint favorable audience. Louis XIII donna ordre aussitôt au baron d’Oysonville, gouverneur de Brisac, de faire droit à la réclamation du P. Bienassis. Le retour du collège à la province de Germanie fut autorisé par décret royal et se fit sans effort. Le P. Morel put reprendre son poste de recteur à la satisfaction de tous et le P. Bienassis retourna à sa province (1643). 4
Les Ursulines, qui avaient dû quitter Porrentruy, rentrèrent dans leur couvent, à la même époque. Elles s’étaient d’abord réfugiées à Delémont où elles reçurent l’accueil le plus bienveillant ; elles étaient alors vingt-deux (24 décembre 1632). Au commencement de l’année suivante, elles apprennent que le roi de France a déclaré la guerre à l’empereur; nouvelle panique; elles quittent en hâte Delémont
1 A la date du 13 février 1639, le P. Morel écrit de Fribourg au prince d’Ostein au château de
Dornach, que le collège est devenu le domicile (canum comitis de la Suze) et que le gymnase tombe
en ruines. Ibid., (Collège) N° 148. = 2 Annales coll. Brunt. ann. 1639. = 3 Annales coll. Brunt. =
4 Le 26 avril 1642, le prince-évêque de Bâle écrit du château de Birseck au P. Milieu provincial de Lyon. Il le prie de permettre au P. Bienassis d’aller à Paris voir M. de Noyer: „Je suis marry d'estre réduit moy-même par les misères de la guerre à un tel point que je ne le puis assister ès nécessitez qu’il souffre . . .“ Archives du château de Porrentruy. (Collège, N° 152.)