CHAPITRE XXXIII
un couvent d’Ursulines sous la direction et avec l'aide de quelques sœurs de Porrentruy (1 février 1646). 1
Malgré le retour des jésuites et la réouverture du collège, la ville n’en subissait pas moins les charges de l’occupation militaire. Les chefs et les soldats donnaient lieu à de nombreuses plaintes. Le capitaine Gadaniel menait une vie désordonnée; il envoyait faire f . . . (sic) les magistrats; il battait et emprisonnait au château les bourgeois contre leurs franchises ; il avait fait fouetter publiquement un bourgeois. Le dimanche de la Fête-Dieu, il avait ordonné des danses; „bref, il était du tout insupportable," disait le secrétaire du conseil dans la plainte adressée au gouverneur de Montbéliard en 1640. Les insolences des soldats n’étaient pas moins révoltantes. Le 23 mars 1640, le magistrat réclame énergiquement le départ des six cavaliers de M. de Castelmoront. „La ville est ruinée; depuis le départ du gouverneur, 18 ménages sont encore partis ! “ Le général français se contente (Y envoyer promener (sic) le conseil et ses réclamations. Irrité de pareille réponse, le magistrat écrit à M. Gaspard de Champagne, comte de la Suze, mestre de camp d’un régiment du Roy, pour le prier de les recommander au R.oy et se plaindre du comte de Castelmoront (pii ne les écoute pas (16 avril 1640). 1 Plaintes inutiles; les soldats et leurs chefs continuèrent leurs insolences, et la ville dut fournir de ses deniers à leur entretien. En 1640, elle paya pour les deux compagnies Yignancourt el Cadaniel 10,948 livres bâloises; en 1641, 8754 livres bâloises; en 1642 elle donna 413 livres 8 sols 10 deniers à la garnison; le bois lui coûta 356 livres; le pain de la compagnie Yignancourt coûta 3185 livres; les ustensiles, 1365 livres; on paya 612 livres au sieur de Vignancourt et à son frère Pierrepont ; à leur tailleur 156 livres, pour les ustensiles du lieutenant Sablier et de 4 sergents 364 livres; total, 6451 livres bâloises.
En 1643, il fallut encore loger la compagnie de M. de Simon qui comptait 250 chevaux; les quatre compagnies de Picardie comprenaient 172 soldats que les rôles conservés dans nos archives désignent par leurs noms ou plutôt par leurs sobriquets, en usage alors dans tous les corps de l’armée française. Nous en citerons quelques-uns. Dans la compagnie de Vignancourt on trouvait : la marche, la jeunesse, la panse, bazard, le cadet, campagne le cadet, petit tambour, la branche, le vallon, le cloutier, la fleur, l’épine, la rose, etc. Dans la compagnie de Lafontaine, il y avait la rivière, la rose de Toulouse, l’alliance, la croix, le page, la gouttière, l’anglais, la coste, la treuil le, la violette, la verdure, maigre, peine, la grandeur, l'orange, etc. La ville dut encore payer en 1643 pour l’entretien des soldats 1860 livres bâloises; plus 20 livres pour faire reconduire à Montbéliard les grenades en dépôt à Porrentruy, et 27 pistoles et V2 pour 60 chariots de foin pour les chevaux de la compagnie de Simon. Les charges étaient moins pesantes que les autres années; cependant, le 3 décembre 1648, deux régiments de l’armée weimarienne qui avait été battue devant Rottwil vinrent chercher refuge à Porrentruy et y restèrent jusqu’au 28 juin de l’année suivante; ce fui une nouvelle charge pour la ville déjà si épuisée. Toutefois on n’eut pas à se plaindre de ce surcroît de garnison ; son chef, le colonel de Trassy, adoucit autant qu’il le put les exigences de l’occupation militaire et se montra plein de déférence envers les magistrats et les habitants. On demandait et on espérait la paix.
1 Annales des Ursulines de Porrentruy.