CHAPITRE XXXIII
avec eux pour poursuivre les voleurs, qui de gaieté de cœur et volontairement s’offrirent et se rangèrent avec les autres; toutefois sans effet.
„Le 5 mars, les esleus de la garnison, tant de cavalerie que d’infanterie, firent une sortie sans effet , l’alarme étant fausse. Le 7e de même, ce qui obligea Son Excellence pour plus grande sûreté et crainte de quelque surprise et entrée dans la seigneurie, de commander des esleus, tant de la garnison suisse que de la Montagne et des paysans même de la Seigneurie sur certains postes, savoir: cinquante hommes suisses tirés de la garnison de Pourentruy dans Beurnevésain ; autant de Montagnards à Bonfol et des esleus du pays dans le village de Damphreux, lesquels de trois en trois jours se rechangeaient. Le château de Milandre était aussi gardé de quelques soldats tirés de la garnison du château, avec ordre de donner le signal en cas d’approche des ennemis ou autres soldats étrangers, avec une décharge d’une double hocque.
„Cela ayant duré quelche peu de temps à la parfin, il fallut, pour l’approche de toute l’armée, abandonner le pays et se retirer dans la ville et les montagnes, bien gardées et munies de soldats, non-seulement de l’Evesché, mais aussi des sept cantons catholiques, qui pour la défense de Son Excellence et de son Evesché, fournirent chasqu’un quinze hommes avec offre d’en donner davantage, si besoin faisait. Cependant Son Excellence ayant envoyé ses députés, avec ceux de Lucerne et Soleure, et entendu qu’autre villes, princes et Etats d’Empire avaient fourni du pain et du grain pour la subsistance de la susdite armée, même Brisach; sur la remontrance desdits cantons furent accordés à M. de Fange, général, 32,000 livres de pain, faisant 16,000 rations, laquelle quantité leur fut au plus tôt délivrée, partie en pain, partie en farine et grain.
„Mais d’autant que Son Excellence prévoyait que difficilement, il se pourrait, par tout temps, garantir des soldats étrangers et que tôt ou tard il pourrait ressentir du dommage, pour obvier à un plus grand mal et pour la conservation de ses sujets et de tout son Evesché, il prit résolution de rechercher l’alliance, non-seulement des sept cantons catholiques, mais de tous les treize. A l’effet de quoy, il envoya son suffragant (Thomas Henrici) à Lucerne et son chancelier à Baden, à leur assemblée, là où il reçut bonne espérance. Même dès aussitôt tous les cantons fournirent 500 hommes pour border les lisières de la Suisse et garantir par ce moyen les frontières et leurs alliés, entre lesquels ils comprenaient Son Excellence et tout son Evesché.
„Ces choses étant faites et passées, Son Excellence congédia toute la garnison et ne retint que la garnison ordinaire dans son château, les bourgeois gardant la ville jusqu’à 12 par chaque jour, jusqu’à ce que les troubles d’Alsace qui étaient entre les Français mêmes, ont été entièrement assoupis. “ 1
L'armée lorraine, sous les ordres du général de Fauge, avait établi son quartier général à Dannemarie. Marckolsheim, ville d’empire, avait dû recevoir garnison de ses troupes. Le 18 mars (1652) toute l’armée passait à quelque distance des frontières de l’évêché, par la seigneurie d’Héricourt, pour traverser la Franche- Comté et se rendre en France. Les troupes lorraines, en s’éloignant, firent cesser les alarmes qu’avait causées ce dangereux voisinage. Les Suisses, en bons alliés, prêtèrent le secours de leurs soldats à l’évêché qui les accueillit comme des
1 Journal Vergier, p. 20, 21, 22.