‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 237 sur 612 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Quoique préservée d’une ruine certaine, la ville menacée n’en fut pas moins occupée par des troupes ennemies qui y prirent position pendant de longues années. Dans cette détresse générale, les pauvres Annonciades durent chercher un autre refuge et s’assurer un asile loin du théâtre de la guerre. Le 23 avril 1634, elles supplièrent l’archevêque de Besançon de les recevoir dans les autres monastères que l’ordre avait en Bourgogne. Ce prélat accueillit favorablement leur demande, et les répartit dans les maisons d’ Annonciades de son diocèse. La prieure, sœur Marie Gabriel Garnie de Porrentruy, fut reçue avec deux de ses compagnes au couvent de Vesoul; trois autres à Pontarlier; deux à Noseroy, les autres sœurs trouvèrent un asile dans les autres couvents de la province.

La guerre, à la suite des fugitives, pénétra en Bourgogne. En 1636, nouvel exil de nos pauvres sœurs. Elles se sauvent à Chambéry où elles restent quelque temps; de là elles cherchent un refuge à Chavannez (bourg du Dauphiné, diocèse de Vienne) où elles demeurent du 24 mai 1640 jusqu’au 7 juin 1644. Quatre des Annonciades de Chavannez passent à cette époque à Vienne et y fondent un couvent de leur ordre où elles se fixent définitivement. Les autres, sur les conseils et avec les recommandations du baron de Virieu et de Matenal, seigneur de Chavannez, vont jusqu’à Soleure demander asile et protection à l’ambassadeur de France, le marquis de Caumartin, qui les reçoit de son mieux, les loge dans une maison de la ville et les entretient à ses frais. Le chapelain de l’ambassade devient leur confesseur et leur aumônier.

Pendant trois ans, les Annonciades furent traitées de la sorte par ce noble et généreux protecteur. La plupart des sœurs étaient des meilleures familles de Porrentruy. Quand la guerre eut cessé ses ravages dans l’évêché, elles songèrent à retourner dans leur ville natale pour y établir un couvent de leur ordre, tandis qu’une partie d’entre elles reprendraient le chemin de Haguenau pour rentrer dans leur monastère. La prieure Marie-Gabriel, adressa d’abord une requête à l’évêque de Bâle pour l’admission de son ordre dans la capitale de ses États ; l’ambassadeur de France appuya cette demande auprès du prince d’Ostein. Les religieuses de Pontarlier en firent autant de leur côté. Puis, accompagnée d’une discrète sœur Marie-Michel, la prieure se rend elle-même à Porrentruy au commencement de juillet 1646. Aussitôt après son arrivée, elle fait assembler les trois conseils de la ville et présente sa requête qui est agréée de tous, même de l’assemblée des bourgeois. Des lettres authentiques munies du sceau de la ville, attestant les dispositions du magistrat et le désir qu’on avait de voir les Annonciades établies à Porrentruy, sont délivrées le 19 juillet à sœur Marie-Gabriel qui s’empresse d’aller à Delémont chercher l’agrément de l’évêque de Bâle. Jean-Henri d’Ostein lui fait le meilleur accueil et lui promit réception, aide et assistance dans ses États (23 juillet 1646). — Après ces démarches couronnées de succès, les deux Annonciades retournèrent à Soleure, où elles recevaient bientôt de l’archevêque de Besançon, Claude d’Achey, les lettres qui autorisent l’établissement à Porrentruy d’un monastère de l’Annonciade céleste (10 septembre 1646). Aussitôt, les sœurs s’assemblent en chapitre et choisissent celles d’entre elles qui devront aller à Porrentruy faire la nouvelle fondation. Quatre sœurs sont désignées ; ce sont : la Bév. Marie-Gabriel prieure de Haguenau, sœur Marie-Michel de Belfort, et deux novices, sœur Marie- Jeanne -Baptiste coadjutrice et sœur Marie - Thérèse, toutes deux filles de P. Moreau de Poligny.

LES ANNONCIADES A PORRENTRUY

Les autres Annonciades resteront attachées à la maison de Haguenau où elles doivent retourner. Sur leur demande, le suffragant de Strasbourg, Gabriel, évêque de Tripoli, autorise la séparation de la communauté et la fondation du nouveau monastère. Désormais, le couvent de Porrentruy aura l’entière propriété de tout ce que les Annonciades de Haguenau possédaient dans la ville et aux environs en Ajoie; de leur côté les sœurs de Porrentruy renoncent à toute réclamation ultérieure sur les biens du couvent à Haguenau et dans son ressort (10 janvier 1647). En même temps, le nouvel évêque de Bâle, Béat- Albert de Ramstein, expédiait en due forme la lettre de réception des Annonciades, datée de Delémont du 28 janvier 1647.

Les sœurs destinées au couvent de Porrentruy quittèrent Soleure le 29 avril de la même année et arrivèrent le lendemain au but de leur voyage. „ L’équipage dans lequel elles firent ce voyage, dit l’annaliste du couvent, fut entièrement aux frais de la charité magnifique du seigneur marquis de Caumartin, ambassadeur, lequel pour ce donna la littière de sa dame à la révérende mère Marie-Gabriel et à la sœur Marie-Michel. Il fournit de plus un chariot couvert tant pour les deux sœurs Marie-Thérèse et Marie-Jeanne-Baptiste que pour les bagages et donna pour escorte M. son aumônier à cheval et deux valets de livrée à pied. A leur arrivée en cette ville, elles allèrent droit dans une maison qui leur appartenait et qui était au lieu où est bastie nostre église présentement. D’abord qu’elles eurent pris possession de cette maison, elles travaillèrent sans aucun délai à la mettre dans la forme d’un petit monastère. Elles y firent une petite chapelle, un chœur, un tour, un petit jardin, et dans les chambres qui y estaient, elles firent des petites séparations en forme de chambrettes, avec des linges blancs plissés et fort propres, et le tout avec tant de diligence qu’elles s’y mirent en clôture le jour de la S. André de la même année 1647 au nombre de quatre, savoir: la mère Marie-Gabriel prieure, sœur Marie-Michel, sœur Marie-Thérèse et une novice Marie- Ange ou Angéline (fille de Hory L’hoste, conseiller à Porrentruy, morte le 3 juin 1673); car pour ce qui est de la sœur Marie-Jean-Baptiste, coadjutrice, elle était déjà morte devant cette entrée en clôture, savoir dès le 22 octobre 1647. Elle n’avait que vingtsept ans; on l’enterra dans l’église de la paroisse.

„Les cérémonies de cette entrée en clôture ne furent autres. sinon que leur confesseur Messire Hugues Baillif, ayant donné l’entrée à sœur Marie-Ange, ferma la porte et puis dit messe, qui fut la première qui se soit célébrée dans la petite chapelle. La révérende mère Marie-Gabriel dédia au Cœur divin son petit monastère et choisit pour protecteur S. André dont la fête tombait le jour de cette entrée en clôture et de cette première messe dans la chapelle du monastère." 1

Les commencements de cette nouvelle fondation furent pénibles et pleins d’épreuves pour les pauvres Annonciades. La prieure Marie-Gabriel dut être remplacée dans sa charge, suivant les prescriptions de la règle. On demanda à Vesoul, puis à Pon tarifer, une sœur pour occuper cet emploi: les Annonciades de Pontarlier envoyèrent à Porrentruy sœur Marie-Marguerite Massue, originaire de Pontarlier, qui fut élue le 17 juin 1649, prieure à la place de sœur Marie Gabriel. „A son arrivée, la nouvelle prieure ne trouva dans le monastère pour faire subsister les religieuses que quarante pistoles, sans qu’on eût. aucuns revenus à recevoir à raison des guerres, et la communauté était de huit religieuses. En 1653, on se décida

1 Annales des Annonciades de Porrentruy, p. 6 et 7.

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