‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 238 sur 612 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

à bâtir au lieu où l’on était et à acheter les maisons voisines. L'évêque de Bâle et l’archevêque de Besançon donnèrent leur consentement à ce projet (5 septembre 1653). Cinq maisons furent successivement achetées, puis on procéda à la construction du monastère. Le prince-évêque de Bâle Jean-François de Schœnau en posa la première pierre, le 22 avril 1655. Il célébra d’abord la messe dans la chapelle des sœurs, après laquelle „ revêtu pontiflcalement et précédé par le clergé qui s’était venu joindre en procession, il se transporta au lieu où devait être plantée la croix, laquelle était portée dans ladite procession par six hommes de la ville ; laquelle étant bénite fut posée dans le cloître et ensuite Son Altesse alla poser la première pierre, qui est au bout du couloir dans la muraille de la rue et joignant les fenêtres qui regardent sur la ruelle, qui est au-devant du tour. Sur cette première pierre, on mit une plaque de plomb portant les armes, le nom de Son Altesse, et la date de la cérémonie". Après cette fonction, le prince, voulant s’assurer par lui-même des dispositions à prendre pour la nouvelle bâtisse, descendit dans les fondements qui étaient déjà commencés, „où ayant fait tendre le cordeau qu’il tenait d’un bout et M. Jollat de l’autre, le maître maçon lui fit voir de la manière que devait être la muraille". Quelques jours après, l’évêque de Bâle fit assembler le magistrat sur la place du couvent où il arriva lui-même en carrosse, avec toute sa cour. Les Annonciades demandaient, pour la régularité de leur bâtisse, de pouvoir avancer leurs murailles sur la voie publique; les sieurs du magistrat s’y opposèrent de toutes leurs forces, donnant pour raison qu’on ne pourrait plus entrer avec des voitures chargées dans les granges vis-à-vis du couvent en construction. Le prince leur prouva qu’ils avaient tort en faisant entrer son carrosse attelé de six chevaux très facilement dans la grange de la maison qui devait être la plus incommodée des empiètements de la bâtisse. Les magistrats ne se rendirent pas à cette raison péremptoire: l’un d’eux plus résolu dit à Son Altesse que si elle voulait ainsi favoriser les religieux et les religieuses, un jour viendrait que les bourgeois ne seraient que des grangiers. „D’où Son Altesse s’offensant lui dit que la place prétendue par les religieuses étant à lui, il voulait les en gratifier et que pour lui, s'il n’avait pas assez de place dans la ville, il dût aller bâtir un faubourg au dehors. Cependant Son Altesse s’informant du maître maçon, s’il ne pouvait pas dresser la muraille à moins de trois pieds, et apprenant que l’on le pouvait encore avec deux seulement, comme le maçon le montra par un crayon qu’il fit du bâtiment sur une planche, Son Altesse fit envoyer le crayon instamment aux religieuses, qui priaient pour lors toutes devant le Saint-Sacrement et savoir si elles seraient contentes que l’on leur cédât seulemenl deux pieds, lesquelles ayant examiné l’affaire répondirent qu’oui. Après quoi et nonobstant toutes les oppositions et crieries tant du magistrat que de la populace, qui était accourue, dit qu’il les accordait. Après quoi, tous se taisant et chacun se retira chez soi."

Ces dispositions hostiles de la part des autorités de la ville et de la population se manifestèrent plusieurs fois encore durant la bâtisse du monastère. Le curé de Porrentruy, M. Jobelot, recommanda en chaire les pauvres religieuses, „pour avoir quelques corvées de charroy"; personne ne répondit à cet appel „ sinon qu’une pauvre fille, ayant eu des religieuses une pièce de deux sols pour les avoir venlousées, elle la redonna à celle qui la reconduisait hors de la clôture". Plus tard, les Annonciades demandaient avec instance au magistrat de leur vendre

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