MORT DU PRINCE DE SCHŒNAU
quelques pieds de terrain pour mettre en clôture les fenêtres du dortoir qui donnaient sur la rue: le magistrat repoussa leur demande. Les sœurs eurent la pensée de s’adresser à l’archiduc d’Autriche Léopold, évêque de Strasbourg, par l’entremise du beau-père de sœur Marie-Thérèse Farine, le sieur Barnabé, maître des langues des pays de l’empereur à Vienne. L’archiduc écrivit au princeévêque de Bàle, le 30 octobre 1658, recommandant à Son Altesse le monastère des pauvres Annonciades. Le prince communiqua cette lettre au prévôt Rossel qui en fit part au conseil assemblé, la veille des Rois 1659. Grande fut la rumeur dans toute la ville, quand on sut l’intervention de l’archiduc et les prétentions des religieuses. Il fallut attendre un temps plus favorable; ce ne fut que dans l’été de cette même année que, sur le rapport de deux députés du magistrat, on accorda gratis aux pauvres Annonciades le terrain demandé. Les murailles du bâtiment étaient achevées en 1656; on posa la charpente le 27 et le 28 septembre: cinquante bourgeois prêtèrent leur aide aux ouvriers. La même année, on disposa au-dessous de la porte de l’église un caveau pour la sépulture des religieuses (janvier 1656). Les travaux de bâtisse continuèrent jusqu’en 1666. 1 Le prince de Schœnau ne les vit pas achevés. En 1654, il reçut solennellement dans sa résidence le représentant du Saint-Siège en Suisse.
„Le 17 septembre 1654, raconte le maître-bourgeois en charge, l’illustrissime Nonce du pape, résidant à Lucerne, nommé Charles Carafâ, vint trouver Son Excellence de Basle et fit son entrée fort somptueuse, solennelle et magnifique, tant pour le canon que l’on fit jouer, de tout part tant du château que de la ville, comme pour la cavalerie et l’infanterie qui fut commandée de lui aller au devant, y ayant trois cents fantassins et quarante cavaliers commandés de tout l’évêché, et toute la bourgeoisie de ce lieu en armes, rangée dès l’une des portes à l’autre. 11 fut régalé l’espace de quinze jours entiers qu’il séjourna au chateau splendidement. Son Excellence lui témoigna tous les honneurs possibles. Pendant son séjour, il célébra messe à Saint-Pierre, aux jésuites, aux Ursules et, le jour de la S. Michel, â l’autel de la confrérie. Les jésuites firent une comédie en son honneur et louange très particulière et de Son Excellence. L’on fit des feux d’artifice nuitamment. “
La même année on fit le recensement des hommes propres à porter les armes; dans la ville, on trouva tant bourgeois qu’habitants et résidants cent-cinquante hommes et dans le pays environ huit cents. Heureusement que le traité avec les Suisses assurait à l’évêché de puissants alliés en cas de guerre. Le prince de Schœnau, non content d’avoir par cette alliance garanti à ses États des protecteurs dévoués, voulut intéresser le ciel à la garde de sa principauté. Par un acte public, transmis à toutes les paroisses, le 14 février 1656, le vénérable prélat choisit solennellement S. Joseph pour le patron particulier du diocèse de Bâle.
Ce fut un des derniers actes du prince de Schœnau. Quoique jeune encore, il souffrait d’ulcères aux jambes, que les médecins attribuaient aux eaux de Griesbach qu’il avait prises l’année auparavant. Quoi qu’il en soit, la gangrène gagna ces plaies ouvertes et enleva le prince presque subitement, le 30 novembre 1656, vers trois heures de l’après-midi. Il fut assisté dans ses derniers moments par deux Capucins, le P. Germain et le P. Florian. Jean-François de Schœnau n’avait que trente-sept ans : il avait régné cinq ans et deux mois. „ C’était, dit le P. Yoisard,
1 Annales des Annonciades.