CHAPITRE XXXIV
regardaient l’évêché. Là il négocia les choses avec tant de prudence et d’habileté que tout fut terminé selon les intérêts de la patrie. Une preuve bien éclatante de la bienveillance et de l’estime que Louis XIV lui témoigna alors, fut le présent magnifique que ce grand monarque lui fit de son portrait et d’une chaîne d’or.“ 1
Salué comme évêque de Bâle, le 13 juillet 1693, le nouveau prince reçut deux mois après (le 15 septembre) le serment de fidélité de ses sujets de Porrentruy et d’Ajoie : „ A 8 heures, relate le secrétaire de la ville, Son Altesse accompagnée du grand prévôt et de l’archidiacre de Bâle, descendit en carrosse avec trompettes et timbales, chevaux de main, six gentilshommes à cheval devant, suivis de Monseigneur le grand-maître et le maître d’hôtel, flanqués de deux valets de pied en livrée et de vingt hallebardiers suisses de sa garde et suivis de plusieurs à cheval, comme aumôniers, pages, hommes de chambre et valets en couleurs." Le prince, le serment prêté, remit au magistrat de Porrentruy la lettre de confirmation des franchises de la ville qui reproduisait textuellement les termes des diplômes délivrés par les évêques de Bâle, ses prédécesseurs.
Soucieux des intérêts spirituels de son diocèse, Guillaume de Rinck fit la même année une tournée pastorale dans toutes les parties de ses États. A son retour, il songea à renouveler le traité d’alliance qui Punissait aux Suisses. La guerre c/e la lit/ h/' (V An(jsbonr<j qui depuis 1688 dévastait aux frontières de l’évêché le Palatinat et les contrées voisines, lui faisait attacher d'autant plus de prix à une alliance qui assurait à ses États une puissante sauvegarde en cas d’attaque. Le traité fut solennellement juré à Porrentruy par les parties contractantes, le 1 1 octobre 1695. Les députés suisses arrivèrent le 9. Le prince entouré de toute sa cour les reçut à Gourgenay où des harangues furent échangées de part et d’autre. L’entrée en ville eut lieu dans l’ordre suivant : quatre compagnies à cheval ouvraient la marche; venaient ensuite l’escorte des députés suisses, les pages et les musiciens du prince, les autres cavaliers et grands-baillifs avec le maître d’hôtel, JeanDietrich Rinck de Baldenstein. L'évêque de Bâle était à cheval entre les députés de Lucerne, escorté des laquais et des trabands; il était suivi des autres députés, des chanoines du grand chapitre et des abbés de Mariastein et de Bel lelay.
Lorsqu’on fut arrivé sur le haut de la montagne, trois coups de canon tirés de la Réfousse annoncèrent l’approche du cortège; aussitôt l’artillerie, placée près du Moulin des Vauches, y répondit par une décharge. Près de l’église Saint- Germain. le collège avait élevé une montagne semée d’arbres et de verdure: c’était le Parnasse. Les élèves en uniforme l’entouraient. Au sommet, entre deux pyramides, on voyait Pégase, qui semblait s’élancer du côté des députés suisses; trois jets d’eau figurant l’Hippocrène, le Permisse et la Castalie jaillissaient comme du ses pieds et retombaient à terre en gerbes étincelantes. Les neuf muses, avec leurs attributs, réunies comme pour faire honneur aux illustres hôtes de l’évêque de Bâle. Au milieu d’elles, Orphée chantait des vers dans la langue des dieux. — Devant l’hôtel de ville, te magistrat avait fait élever un arc de triomphe qui figurait une vaste forteresse, hérissée d’armes de toutes sortes, décorée de bannières, portant à son sommet sept des anciens Suisses, défendant à l’épée les écussons des sept cantons qu’ils tenaient à la main. On voyait aussi la Paix, traînée sur un char de triomphe par quatre chevaux fougueux et foulant
P. Voisard, Abrégé de l’histoire des évêques de Bêle, p. 502.