CHAPITRE XXVIII
qu’il avait reçus pour les domaines par lui engagés et que cet argent était déposé à Bâle. Le duc prétendit que c’était à Besançon que le remboursement devait se faire, et qu'il saurait garder et défendre les pays réclamés ; en même temps il fit mettre les envoyés de Sigismond en prison. L’archiduc aussitôt délie les habitants de ses terres du serment prêté à Charles le Téméraire et reçoit leur promesse de fidélité. Pierre de Hagenbach est mis à mort.
La guerre est déclarée. Le duc envoie le frère de Hagenbach mettre à feu et à sang le comté de Ferrette. L’Ajoie fut une des premières victimes de la vengeance du duc Charles, irrité de la mort de son officier Hagenbach. Sur son ordre, le frère du bailli de Ferrette, Étienne, traverse en ennemi les états de l’évêque de Bâle. Porrentruy lui ferme ses portes. Il saccage quarante villages aux environs de la ville, et en massacre les habitants (18 août 1474). Les atrocités commises par les Bourguignons furent si criantes que quatre cents paysans du comté de Ferrette échappés au massacre des leurs, ordonné par Étienne de Hagenbach, se levèrent spontanément et allèrent mettre le siège devant Blamont (24 août). Il avait plu tout le jour; leur poudre était mouillée. Les pauvres assaillants ne purent ni attaquer ni se défendre ; ils furent presque tous taillés en pièces. Pendant ce temps, les confédérés de la Basse-Ligue requirent l’assistance des Suisses leurs alliés, qui déclarèrent la guerre à Charles de Bourgogne. Ce fut à Blamont, que cette déclaration fut signifiée aux officiers du duc le 25 octobre 1474.
L'armée des Confédérés suivit de près, forte de dix-huit mille hommes, dont huit mille étaient des cantons. Tous portaient la croix blanche. On marcha sur Héricourt, dont le siège devait ouvrir la campagne. Cette petite ville, sise à quelques lieues de Porrentruy, appartenait à Claude de Neuchâtel, qui soutenait hautement le parti du duc Charles. On résolut de s’en emparer et d’attirer sur cette terre ennemie, l’armée bourguignonne qui se trouverait cernée de toutes parts par les alliés des troupes suisses.
Porrentruy prit une part active à cette expédition. Son contingent armé se joignit aux Confédérés qui suivaient le chemin d’Ajoie pour se rendre au lieu du rendez-vous. Bâlois, Bernois, Soleurois, Fribourgeois, Biennois, hommes d’armes de Neuveville, Birseck, Lauffon, passèrent tour à tour par Porrentruy et y reçurent l’hospitalité la plus empressée. On avait dressé dans les mes des tables auxquelles on conviait les Confédérés : on leur servait en abondance du vin et des vivres et on les accompagnait jusqu’au-delà des murailles, en leur souhaitant victoire et triomphe. On avait tiré de l’arsenal de la ville le gros canon et il fit avec les gens d’armes de Porrentruy l’expédition d’Héricourt. 1
On sait comment l’année suisse, après quinze jours de siège, en vint aux mains avec les troupes bourguignonnes, fortes de vingt mille hommes accourus au secours de la ville assiégée, sous la conduite de Jacques de Savoie, comte de Promont.
L’attaque se fit avec une impétuosité extraordinaire aux cris de guerre: „ Berne et Saint-Vincent". Trois mille hommes restèrent sur le champ de bataille. Les Suisses furent vainqueurs et trois jours après entrèrent dans Héricourt qui leur ouvrit ses portes. Étienne de Hagenbach, qui défendait la place, dut la remettre à l’archiduc Sigismond qui la fit occuper ainsi que toute la seigneurie.
1 Les comptes de Porrentruy de 1474 mentionnent vingt-et-un tinnes de vin fournies aux confédérés allant à. Héricourt ; les dépenses montèrent à dix-neuf livres neuf sols.