‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 272 sur 612 · LA PESTE A PORRENTRUY · texte numérisé non relu

LA PESTE A PORRENTRUY

suivit une grande misère. Sur la demande du magistrat de Porrentruy, le prince fit fermer le collège et renvoyer les élèves chez leurs parents. En même temps, le conseil de ville, „vu le grand malheur dont il a plu à Dieu affliger cette ville et seigneurie de Porrentruy par une grêle qui a ruiné le 3e du courant la moisson qui était prochaine, en exclut les étrangers. 1 Le jeudi après celte terrible grêle, le blé se vendit à l’aménage 3 livres le pénal; le prince dont la sollicitude veillait sur toutes ces infortunes fit venir du blé de Lorraine et le fit vendre à un prix modéré. Non content de venir en aide aux pauvres très nombreux en ces temps de misère, il voulut régulariser les secours et moraliser l'indigence et la mendicité".

„I1 est connu à tout le monde, dit le vénérable prélat dans une circulaire à ses sujets, que la fainéantise et la débauche attirent partout la pauvreté et le mépris, mais de voir que ces deux vices régnent plus fort dans nos Etats que chez les voisins, cela ne peut nous être que très sensible, d’autant plus que, de grâce spéciale, nos sujets ont été exempts de contributions depuis le jour de notre avènement à la principauté, ce qui aurait dû les faire profiter de cet avantage, en mettant leurs affaires domestiques en un meilleur état, retranchant toutes les dépenses superflues et en augmentant les revenus. C’est à quoi nous exhortons chacun de nos sujets par un amour et tendresse paternelle. " Pour obvier aux désordres de la mendicité, le prince veut que chaque commune entretienne ses pauvres, qu’on ne donne ni logis ni aumône aux gueux et vagabonds. Pour la subsistance des pauvres de chaque commune, les hauts officiers donneront une liste des revenus de chaque fondation pieuse, on en dressera aussi une des pauvres en cour; la commission nommée ad hoc purgera les États de la gueusaille, vagabonds, et semblables. Quant aux pauvres infirmes, ils devront vivre des biens communaux. 2 Ces prescriptions très sages ne suffirent pas au charitable prélat. Voulant tirer de l’oisiveté les pauvres et utiliser le temps qu’ils consacraient à la mendicité, il obtint de la ville la maison de l'Estuve, appartenant à l’hôpital, pour y installer une manufacture où les pauvres trouveraient du travail et un salaire. 3

En même temps il établit une aumônerie générale qui centralisait les aumônes et en confiait la distribution à une commission préposée à ce soin et composée de personnes honorables. 4

A ces mesures inspirées au prince de Reinaeh par la sollicitude qu’il portait à ses sujets, le prélat dut en joindre d’autres pour prévenir un fléau qui faisait des ravages immenses à Marseille. Le bruit de la peste qui s’avançait vers l’évêché causa une panique si grande que le prince dut prendre toutes les précautions capables de prévenir ce terrible mal.

Voici le récit inédit de la peste de Marseille et des mesures prises par l’évêque de Bâle, tel que nous le trouvons dans un mémoire du temps, dressé par la commission sanitaire de l’évêché. Un vaisseau venant de Syrie et chargé de riches marchandises, comme de mousselines et indiennes, était arrivé à Marseille vers la fin de juillet 1720. Les portefaix et matelots qui avaient reçu les ordres pour ouvrir les halles de marchandises furent d’abord saisis de mal au cœur avec des vomissements, des bubons aux aines et la mort en peu de jours. Le magistrat en fut averti et il fut aussitôt ordonné de ne plus rien toucher à ces marchandises.

1 5 juillet 1712, délibération de la ville et du conseil. = 2 Diverses ordonnances du prince de

Reinaeh, aux archives du château. = 3 Décision du conseil, du 14 octobre 1716. -= 4 P. Voisard,

P. Dunod.

Evêques de Bâle *

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