CHAPITRE XXXV
dans les corps de garde, comme aussi d’établir sur les frontières un sergent dans chaque communauté. Le 30 octobre, la Bourgogne fut mise au ban.
Un fils de bourgeois qui avait été à Besançon à son retour fut obligé de faire quinze jours de quarantaine dans les villages voisins en Alsace ou ailleurs.
On résolut de faire imprimer 200 affiches sur lesquelles il soit écrit en gros caractères allemands et français: Chemin défendu sous châtiment rigoureux, afin de les pouvoir mettre et afficher à des poteaux sur les chemins et sentiers défendus.
On mit pareillement au ban, outre la Provence, le Languedoc, le Dauphiné, le Lyonnais et la Bresse. Au mois d’avril 1721, on reçut les tristes nouvelles que la peste, bien loin d’être éteinte, avait recommencé tout de nouveau et qu’à Toulon, aussi bien que dans le Gévaudan, elle y faisait un ravage terrible.
A l’occasion de ce bruit, il y eut une conférence, le 3 juillet 1721 à Arberg entre Son Altesse, les cantons de Berne, Bàle, Fribourg et Neuchâtel.
Le 9 juillet, on trouva très nécessaire de ne laisser entrer aucunes marchandises de France. On a fait une ordonnance à raison des bêtes, comme brebis ou moutons qui viennent à dépérir dans la ville, et que les particuliers portent d’un côté et d’autre devant la ville; défense à tous et un chacun d’en plus ainsi porter, mais de les faire porter par le maître des basses œuvres dans l’endroit destiné pour cela, à peine de trois livres d’amende, trente sols au délateur.
Depuis le mois d’octobre 1721 jusqu’au mois de février 1 722, il y a eu quelques assemblées dans lesquelles on a fait lecture des lettres et nouvelles qu’on recevait de temps à autre touchant la peste, en vue desquelles on trouva bon de continuer les précautions prises à ce sujet.
Le 9 février, il y eut une assemblée extraordinaire à raison de quelques voitures de marchandises que André Buthaud, marchand de Porrentruy, voulait faire entrer dans la ville. Il pourra faire entrer les marchandises plombées; mais la balle de draperie pesant environ trois cents livres non plombée, il ne la pourra faire entrer qu’avec un billet qui mentionne où les dites marchandises ont été fabriquées, etc. 11 a aussi été défendu à Jean Comman, marchand à Porrentruy, de désemballer les marchandises qu’il a fait venir de Besançon, condamnant le dit Comman à l’amende de cinq livres à donner par aumône aux pères capucins, pour avoir fait entrer les dites marchandises dans la ville subrepticement et sans avoir interpellé les députés de la commission de santé.
Ici s’arrêtent ces renseignements si intéressants. On voit qu’elle terreur la [teste de Marseille avait jetée dans notre pays el les mesures intelligentes que le prince de Reinach crut bon de prendre à cette occasion. On ne pouvait mieux prévenir le fléau et sauvegarder la principauté. On en fut quitte pour la peur. 1
A ces souvenirs attristants, nos annales ajoutent le récit des fêtes religieuses qui eurent lieu à cette époque, avec le concours du prince de Reinach. En 1717, (26 avril) François Joseph de Grammont, archevêque de Besançon, vint à Porrentruy et fil la visite pastorale de la paroisse. Les élèves du collège représentèrent en son honneur, sur leur théâtre, l’histoire de S. Ferréol et de S. Ferjeux, apôtres de Besançon. 2 Le prince de Reinach fit dans son château un accueil magnifique à son éminent métropolitain. Quelques jours auparavant, l’évêque de Bâle avait reçu avec la même pompe le nonce du Saint-Siège à Lucerne, Mgr Joseph Ferras,
1 Archives de l’ancien évêché de Bàle. = 2 Annales coll. Bruni, ad 1717.