CHAPITRE XXXV
vées. Il y a 146 toises de maçonnerie; dans chaque toise 16 chariots de pierres, soit 3336 chariots, et 146 bennes de chaux. La ville supporte la moitié des frais et paye 734 livres.
Devant les murailles Racine veut faire un jardin ; les bourgeois ne pourront plus circuler au pied du mur. L’architecte a son plan et il fait le jardin. En 1718, les travaux marchent avec rapidité. Le bâtiment est immense, Racine manque de bois ; il lui faut encore huit cents arbres. La ville lui en donne quatre cents à prendre en la Peute-Côte (30 octobre).
La charpente est une forêt; tous les bois sont choisis avec soins, équarris et taillés par des ouvriers émérites. Le 30 janvier 1719, toute la ville assiste à ce travail gigantesque qui porte à ces hauteurs cette multitude de poutres et de solives. La charpente est dressée sans accident et avec une régularité parfaite. Le tuilier Stouder se charge de couvrir l’immense toiture. L’œuvre s’achève. La ville se décide à entourer de pierres de taille l’étang de la porte au Loup; le maçon Frantz Feune se charge de ce travail pour lequel il recevra quatre livres dix sols par toise. Pxacine fait conduire au jardin du château les terres provenant de l’étang (9 octobre 1730) et d’autres matériaux recueillis près du couvent des capucins.
Eméric Roger, qui note exactement ces détails, estime que de 1719 à 1735 il fallut pour faire le jardin et la terrasse du château et combler l’espace compris entre les deux murailles destinées à contenir les terres rapportées, plus de soixante mille voitures de pierres et de terre. La dépense du transport d’une si grande quantité de matériaux ne s’éleva pas même à six mille livres de Râle, vu le prix extrêmement bas de la main d’œuvre. La voiture depuis le finage des capucins au château ne se payait que treize deniers, environ huit rappes, et la journée d’un manouvrier quatre batz. 1
La ville et la vallée durent payer douze mille livres bâloises pour ce splendide bâtiment, un des édifices les plus remarquables du Jura. Les sommes employées pour cette construction, au rapport d’Eméric Roger, pour la main d’œuvre et les autres matériaux, excepté le fer, le bois et les pierres, se montèrent à environ trente-quatre mille livres bâloises. Le prince Jean-Conrad en prit solennellement possession. Au premier étage étaient les appartements du souverain, avec les grands salons de réception ; les hôtes et les officiers de la cour logeaient au second; les cuisines et la salle à manger étaient au rez-de-chaussée. D’immenses caves s’étendaient sous le bâtiment. On descendait au jardin par le monumental escalier de pierre. L’orangerie, la glacière, un jet d’eau s’élançant d'un immense bassin de pierres, complétaient les charmes de ce séjour.
La cour d’honneur était fermée par une grille de fer forgé, d’un aspect monumental. Elle était entourée des communs et du bâtiment de la recette. Au milieu, un autre jet d’eau avec un grillage élégant. C’était une belle et sévère résidence. Après un siècle el plus, le château du prince de Reinach est encore le trésor de la ville de Delémont qui y a installé toutes ses écoles, son collège, ses collections, sa bibliothèque. L’architecte Racine, qui présida à cette admirable construction, la vit à peine achevée. Il mourut subitement le 38 août 1738.
Le prince de Reinach étendait sa sollicitude à toutes les branches de l’administration de ses États. Il y voyait le bien de ses sujets. Il établit différentes
Journal d’Eméric Roger, 1721.