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le droit; mais les bourgeois, profitant de la circonstance, firent tant de bruit et de tapage que procès-verbal fut dressé contre eux, et plainte de la part de la coinfaite au magistrat. On avait insulté le prince : dès le matin à quatre heures, on avait tiré le canon, sans avoir salué la cour. „ Pendant tout le jour, relate le procès-verbal, on n’avait cessé de crier, de hurler . . .; la nuit, on avait commencé, au son des cors de chasse, cornemuse et autres instruments, tant en meubles de cuisine qu’en vessies, de danser un rondeau de plusieurs cents personnes qui entouraient toutes les rues et.de chanter à gueule déployée des chansons injurieuses sur la cour ... on avait arraché les clochettes ... on ne cessait de crier: Vive l’empereur ! vive V ambassadeur ! vive Choulat! vive fa noire Aly !“ 1
Ces scènes si misérables précédèrent de quelques jours seulement le départ du comte de Reichenstein. Il quitta Porrentruy le 20 décembre, laissant l’évêché de Bàle plus agité, plus tourmenté qu’il ne l’avait trouvé un an auparavant. Retiré à Bade, on lui reprocha encore de se mêler de là aux intrigues des révoltés et de leur prêter appui. 2 L’empereur l’apprit et lui fit signifier l’ordre de se renfermer dans ses fonctions d’ambassadeur, sans se mêler d’autres affaires (mai 1732). Le comte essaya par un mémoire de se justifier: il ne put le faire qu’en chargeant le prince et en l’accusant ouvertement ; c’était prendre le parti des rebelles et confirmer les soupçons qui pesaient sur lui. 3
Aussitôt après son départ, Jean Conrad convoqua tous les États de l’évêché; il espérait que l’éloignement du comte rendrait un arrangement plus facile. Mais, cette fois encore, de part et d’autre, on ne voulut rien céder. Le prince soutenait ses droits qui lui étaient communs avec tous les souverains de l’empire; le tiersétat et les commis d’Ajoie revendiquaient les leurs, qu’ils trouvaient garantis par les rôles du pays : c’était toujours des deux côtés le même parti pris de ne faire aucune concession. On résolut enfin de recourir aux tribunaux de l’empire et de leur déférer le jugement de ces débats. Cependant la noblesse et les baillages allemands qui ne prenaient aucune part aux troubles, se séparèrent des autres États, laissant les mécontents procéder comme bon leur semblerait.
Les députés chargés de porter à Vienne les griefs de l’évêché furent le chanoine Dietrich de Saint-Ursanne, le maître-bourgeois Wicka de Delémont, le sécrétaire Bruat de Porrentruy, et un nommé J. -F. Monin de Bassecourt. Il se mirent en route le 15 février, munis par les quatre commis d’Ajoie de pouvoirs spéciaux (1732) ; mais à Vienne, ils avaient été prévenus par une plainte de sédition portée contre eux (2 février) et présentée à l’empereur par les envoyés du prince qui l’appuyèrent énergiquement : „ c’étaient des chefs de mutins qui venaient à Vienne défendre la révolte." Les circonstances étaient donc peu favorables aux envoyés des États: ils n’en firent pas moins tout d’abord les démarches que leur imposait leur mandat; et le 23 mai, ils purent présenter à l’empereur un mémoire qui renfermait les griefs des États plaignants de l’évêché de Bâle.
Pendant que ces députés traitaient les affaires à Vienne, l’Ajoie aurait dû attendre avec calme la décision du tribunal suprême de l’empire; il n’en fut rien.
1 N’était-ce pas. comme ce cri si commun alors: Vive la tante Marie ! un souvenir de cette comtesse Henriette de Montbéliard, qui avait survécu dans la mémoire del’Ajoie reconnaissante? Voir registres du conseil de Porrentruy. = 2 Nous trouvons dans les papiers saisis chez Pequignat une lettre du comte de Reichenstein, datée du 22 janvier 1732, qui témoigne de ces sentiments. ,En quoi que ce soit, si je
puis vous être utile, je ne manqueray. “ = 3 Voir relation au Très- Auguste donnée à Baden en Suisse
ie 21 mai 1732.