‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 295 sur 612 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

et reçoit sur sou passage les aumônes des fidèles. Il porte avec lui le registre de la confrérie de Saint-Sébastien sur lequel il inscrit ceux qui désirent en faire partie. A Bonfol, on le croit monté sur un cheval de la cour; c’est donc un craichie. Aussitôt hommes et femmes s’attroupent en tumulte autour de la cure; on arrache des mains du religieux le livre des inscriptions de Saint-Sébastien; on en déchire les feuillets, et le dominicain de fuir au plus vite, au milieu des cris et des huées de cette populace en furie. — Le 3 décembre, Pierre Pequignat, escorté de ses deux fils et d'une troupe imposante de paysans, était venu à Porrentruy s’entendre avec le maître -bourgeois Choulat sur plusieurs points en discussion ; en sortant de ville, un soldat du prince se présente à eux ; aussitôt ceux-ci de courir sur lui le pistolet à la main, en le menaçant de mort; le craichie se sauve à toutes jambes, heureux d'en être quitte pour quelques pierres à son adresse. — A la foire de Porrentruy du 13 décembre, même rencontre; sur la place de 1 ’ hôt el- de- ville , des paysans armés de bâtons se jettent sur quelques soldats du prince qui passaient de l’air le plus inoffensif. Pendant ce temps, le receveur de la cour, Pallain, parcourait les villages, réclamant les tailles dues à Son Altesse ; partout le même refus, partout défense de par les commis de livrer au prince ce qu’il réclame.

Enfin, le 30 décembre, les députés de toutes les mairies se réunissent encore à Courgenay et décident de faire signer par tous leurs commettants la protestation la plus énergique et la plus solennelle. Colportée dans toutes les communes, cette pièce, où la rébellion levait hardiment la tête, est immédiatement couverte d’innombrables signatures. Cette fois, on déclare hautement que désormais on ne payera plus rien à Son Altesse jusqu’à fin de cause, les communes ne rendront leurs comptes que devant les communes, le prince a jusqu’à la S. Georges pour faire disparaître toutes ses bergeries, etc. — Et à l’appui de cette protestation, une foule exaltée se transporte, le 31 décembre, devant la maison du conseiller Jacquet et réclame à grands cris les papiers de la matricule. Sur son refus de les livrer à cette populace en furie, on enfonce sa porte, et ce n'est qu'à grand’ peine qu'il parvient à se soustraire à la mort dont on le menaçait. — Le 7 janvier 1734, mêmes scènes de désordre devant le logis du grand- veneur de Staal; il a fait enlever aux paysans des fusils dont ils se servaient contre les droits du prince ; le peuple les réclame avec renfort de cris et de menaces. Jean Conrad se hâte de nommer une commission qui examinera le bien ou mal fondé des réclamations. Le 33 mars, deux députés de Bonfol se présentent au nom du village au receveur du prince et lui déclarent que la commune s’empare du „ neuf étang" de Bonfol et que dorénavant il leur appartiendra: de quoi Son Altesse devra être informée. — Autre désordre; le prince avait vendu au seigneur de Florimont vingt-cinq sacs d’avoine à prendre à Yendelincourt, où l’évêque avait une ferme importante. Le 17 mars les sacs sont chargés sur deux chars et prennent le chemin de Florimont. A cent pas du village, toute la commune, hommes, femmes, enfants, qui avec des fusils, qui avec des haches ou des fourches de fer, d’autres armés de bûches, accourent en poussant de grands cris; les chars sont arrêtés, les sacs vidés sur place et l’avoine partagée entre les habitants. A la nouvelle de cette étrange conduite, le prince ordonne la restitution du bien volé; le seigneur de Florimont envoie ses gens pour recevoir réparation ; la commune déclare qu'elle a voulu faire à M. de Florimont ce que M. de Florimont fait aux gens de Yendelincourt

LA REVOLTE DANS L’AJOIE

quand ils franchissent les limites de ses terres. Condamné par jugement aulique du 9 avril à la restitution et à cinquante livres d'amende, le village refuse toute réparation et menace de dévaster les propriétés du prince. Jean Conrad ne crut pas prudent de pousser plus loin l'affaire, et les vingt -cinq sacs restèrent aux récalcitrants. Pendant ce temps, d’un commun accord, sur tous les points de l’Ajoie, on refusait aux troupeaux du prince la place qui leur était assignée sur les pâturages communaux; plusieurs villages vont même jusqu’à s’emparer des moutons de la cour. 1 Jean Conrad, pour ne pas tout perdre, ordonne immédiatement la vente de ses troupeaux (6 mai) ; mais on ne veut pas entendre lecture de l'ordonnance. Réunies le 16 mai, à l'appel de Pequignat, les communes protestent contre le décret et dénient au prince le droit de réclamer ses moutons et de les vendre. Le curé d’Alle paraît trouver bien fondée l’ordonnance de la

Clocher en ruine de la chapelle des comtes de Ferrette à Florimont.

Terrain servant aujourd’hui de cimetière.

cour; on l'insulte à l’église, on envahit sa cure, on traîne sa servante à la rivière (9 juin). Le curé de Bressaucourt est traité plus mal encore: le 31 mai, la commune vend la cure à l’encan, jette par la fenêtre les meubles du curé, et résiste aux ordres de l’archevêque de Besançon qui lui sont solennellement signifiés, le tout en présence de Riat, le commis de Ghevenez. — A Boncourt, on s’oppose au pacage des troupeaux de M. de Staal, malgré le droit garanti à cette famille par un contrat daté du I 7 avril I 708. Béat Henri de Staal, seigneur de Fousse, porte plainte au roi de France, qui est seigneur d'une partie du territoire de Boncourt. Le 9 juillet, un sergent royal de Belle, avec quatre recors et deux cavaliers de la maréchaussée, arrive à Boncourt porteur d’un ordre du roi qui enjoint aux habitants de reconnaître les droits de la famille de Staal. L’alarme est au village, on court au clocher, le tocsin retentit, on s’arme de toutes parts; puis, hommes, femmes, enfants, se précipitent vers les gendarmes français; les

1 Le prince comptait en 1734 dans ses bergeries d’Alle. Vendelincourt, Ghevenez et Milandre, 1759 moutons.

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