CHAPITRE XXXV
pierres, les cendres chaudes apportées par les ménagères, pleuvent sur les malencontreux défenseurs de l’ordre royal : „Tuez-les, jetez-les à l’eau" crie la foule en fureur. Le sergent et son escorte n’eurent d’autre parti à prendre que de regagner au plus vite la frontière de France. Louis XV n’avait pas plus de crédit en Ajoie que le seigneur de Florimont.
A Cœuve, le commis Fridolin Lion fait brûler la barre du verger du baron de Ramschwag et dévaster ses bergeries (14 juillet). Un nommé David Ribeaud essaie en vain de s’opposer à cet acte coupable; il est signalé comme hostile aux commis. Le 18 juillet, tous les députés de l’ Ajoie, au nombre de plus de soixante, se réunissent à Cœuve pour tenir justice contre le craichie détesté. David Ribeaud est condamné à une amende que les juges se partagent de suite en faisant main basse sur son mobilier. Avant de se séparer, ils décident de faire mettre des gardes dans les maisons des ennemis de Lion, aux frais et dépens de ceux-ci ils proclament également l’abolition de la dime et s’engagent à en refuser le paiement dans toute F Ajoie. A cette nouvelle, Ronfol s’empare de 1500 gerbes de grain qui serviront à payer le vin que le prince a cessé de fournir à la monte des dîmes depuis dix-neuf ans (22 juillet).
Instruit de ces désordres, Jean Conrad fait citer les délinquants devant la seigneurie ; partout le vœble exécuteur des ordres de la cour est insulté et renvoyé sans être entendu. Le prince supplie l’Abbé de Bellelay, président des États, de lui venir en aide. Connu par son dévouement au peuple, auquel il appartient par la naissance et l’éducation, J. R. Sémon est aimé de tous ; sa voix saura ramener au devoir ces esprits indisciplinés qui restent sourds à toute remontrance. L’Abbé de Bellelay, dont nous avons souvent admiré la grande âme, accepte cette mission de paix: il adresse à tous les commis une lettre pressante où il cherche aies convaincre de leurs torts et les adjure de revenir au devoir. „Je vous prie et conjure, mes chers amis, écrivait le prélat, de disposer vos cœurs à la voix de Dieu qui nous ordonne de rendre à chacun ce que nous lui devons et de vous conduire suivant la justice. Je supplie Dieu d’épargner les pauvres sujets, de les éclairer et de leur faire connaître le précipice auquel on s’efforce de les conduire . . . Payez les laides et autres droits seigneuriaux comme vous les avez payés depuis plusieurs siècles; ne troublez point le prince dans la possession de ce qui subsistait déjà sous les régences précédentes ..." La lettre de l’Abbé Sémon fut lue dans toutes les communes de F Ajoie (28 avril) ; et y fut accueillie avec respect. Le résultat tant attendu fut nul. La révolte continua à désoler l’Ajoie.
A Porrentruy, la lutte recommençait plus violente que jamais. La place de greffier de la ville était vacante: suivant la police qui régissait la cité, c’était au prince à pourvoir à cet emploi vacant. Jean Conrad avait appelé à cette place un nommé J. H. Maître, devenu suspect aux bourgeois à cause de dénonciations dont on l’accusait. A la nouvelle de ce choix odieux, le magistrat de Porrentruy refuse de siéger avec le nouveau greffier; il en appelle à une assemblée de la chambre de l’évêché, seul juge en pareille matière. Jean Conrad maintient Son choix; bien plus, il défend au maire d’exercer aucun acte de justice en l’absence du greffier nommé par lui (16 mars 1734). 1 Le magistrat s’obstine à son tour;
1 Douze bourgeois, avec le maire et le greffier, formaient le tribunal qui rendait justice en ville au nom du prince. Il connaissait de tous les faits de police, des adultères, des fornications, des blasphèmes, etc. La moitié des amendes appartenait à la ville; l’autre revenait au prince.