‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 297 sur 612 · TENTATIVES D’APAISEMENT · texte numérisé non relu

TENTATIVES D’APAISEMENT

de son autorité privée, avec l'aide des quatre corps de ville, il établit un conseil de neuf bourgeois chargés de vider par compromis et arbitrage, comme juges compromissoires, leurs difficultés. Bruat, nommé secrétaire de la ville le 29 décembre 1733, malgré le prince, était encore secrétaire de ce nouveau tribunal: c’était deux fois porter atteinte aux droits de l’évêque de Bâle; aussi l’arrêt de la cour qui cassait les juges et annulait leurs jugements ne se fit-il pas attendre (27 mai). La justice chôma une année tout entière. Pour remédier à ce déplorable état de choses, le prince voulut établir provisoirement un tribunal composé de quelques bourgeois experts présidés par le maire (13 janvier 1735); le magistrat s’opposa énergiquement à cette prétendue violation de ses droits (18 janvier). Porrentruy resta donc sans juges et sans justice.

A bout de ressources, Jean Conrad avait demandé l’appui des cantons suisses, ses fidèles alliés; il savait que les révoltés se tenaient forts des sympathies des républicains leurs voisins; des remontrances faites par des envoyés de la libre nation suisse les ramèneraient peut-être au devoir. Les députés attendus arrivèrent à Porrentruy au commencement de septembre (1734): aussitôt Jean Conrad fit réunir dans son château les États de l’évêché en présence des envoyés suisses. Ceux-ci firent aux membres de l’assemblée de sérieuses remontrances ; la révolte aux ordres de l’empereur et du prince avait duré trop longtemps ; le moment était venu de rentrer dans le devoir; ils s’offraient, eux leurs amis et leurs alliés, à obtenir pour les coupables le pardon impérial; mais il fallait se hâter, sinon ils devaient s’attendre au ressentiment des louables cantons catholiques. Les États firent aux députés suisses quelques promesses. On résolut de présenter aux communes un formulaire d'acte de soumission qui devait se signer dans tout le pays et être ensuite envoyé aux députés suisses (27 septembre). Un mois après la dissolution de l'assemblée, les ambassadeurs n’avaient encore rien reçu; l'exhortatoire qu'ils avaient expédié dans toutes les communes avait été rejeté presque à runanimité: les commis avaient donné le mot d’ordre; le peuple obéissait aveuglément à l’impulsion de ses chefs. La ville de Porrentruy s’était bien déclarée soumise et attachée au prince, mais sa soumission était entourée de tant de réserves, que ce n’était qu’une nouvelle plainte déguisée sous l’apparence du respect (6 octobre 1734).

Malgré ces dispositions malheureuses, les députés suisses annoncent par une proclamation publique du 25 octobre que le prince, sur leur demande, accorde à ses peuples une amnistie convenable et gracieuse, â condition que, avant cinq jours, toutes les communes auront fait leur soumission pleine et entière. Les jours, les semaines se passent ... et la révolte continue. De toutes parts arrivent des plaintes contre le prince et ses officiers. „I1 y a quelques jours, dit le magistrat de Porrentruy dans sa lettre aux ambassadeurs, un nommé Henri Œuvrard, notaire et forestier, a attaqué sur un grand chemin un homme, lui a déchargé plusieurs coups de couteau et l'a jeté comme mort dans un fossé. Il en a tué un autre sous prétexte qu'il était un braconnier, et cela sans forme de procès . . . “ 1 „Nous avons des droits, disait encore le conseil de Porrentruy, et personne ne peut nous empêcher de les soutenir . . . “

1 Réponse à la lettre des sept cantons, du 29 octobre 1734. — Réponse de la ville- aux propositions de composition amiable faites par les représentants des sept cantons catholiques, du fi octobre 1734. Évêques de Bâle * 21

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