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LES CANTONS CATHOLIQUES

A cette nouvelle, Jean Conrad prend de nouveau son lieutenant sous sa haute protection et casse la saisie (6 janvier). Mahon se sauve à Richésy: il essaye d’enlever quelques débris de sa fortune ; des sentinelles postées à la porte de son logis ne laissent rien enlever. La misère, le chagrin, l’exil plongent Mahon dans un accablement tel qu'il meurt quelques jours après. La vengeance poursuit ses enfants. Malgré l'ordre du prince, malgré la citation de tous les ayants charge et habitants de Beurnevésin faite par devant le grand maître, président du conseil aulique, les commis assistés de quarante hommes de chaque commune, arrivent le 25 novembre 1735 au village, et sur le refus des héritiers de Mahon de se rendre à leurs réclamations, ils s’emparent de tout ce qu’ils trouvent dans leur maison ; vaches, chevaux, grains, provisions, voitures, instruments aratoires, tout est saisi, transporté à Cœuve, puis vendu à l’encan. Le conseil aulique assigna à deux reprises la commune de Beurnevésin à son audience : personne ne parut et les coupables furent condamnés par contumace à cent florins d’amende payables clans six semaines. Le peuple qui s’étail abstenu de paraître au jugement, s’abstint aussi de payer l’amende!

Signature de l’évêque Jean Conrad de Reinach.

Jean Conrad était à bout de ressources. La lutte était par trop inégale, et, presque octogénaire, le vieillard couronné soupirait ardemment après un repos qu’il ne connaissait plus depuis longues années. La mort inopinée de son frère chéri, de son coadjuteur, de celui sur lequel il avait coutume de se décharger de nombreuses affaires, en attendant qu’il lui succédât sur le trône épiscopal; cette mort, arrivée à Arlesheim le 25 janvier 1735, vint augmenter ses angoisses et ses douleurs.

A cette perte si sensible pour Jean Conrad, vint se joindre celle de l’archidiacre du Chapitre de Bâle, Fr. Conrad de Hagenbach; on l’appelait le père des pauvres, et le peuple avait pour lui la plus grande vénération. Le prince de Reinach voyait d'un seul coup disparaître deux amis, deux conseillers fidèles, au moment où il avait plus que jamais besoin d’appui. 1

Les députés des cantons catholiques réunis en conférence à Soleure avaient bien essayé de faire un nouvel appel à la soumission et à l’obéissance. Par une proclamation datée du 4 mars 1735, ils avaient exhorté de nouveau les révoltés à se soumettre aux exhortations données déjà les 22, 27 septembre et 25 octobre

1 Ce vénérable personnage fut enseveli dans l’église de Saint-Pierre à Porrentruy. Voici l’inscription qui lui est consacrée: ,Tres luctus causæ sunt sub hoc marmore clausæ: deliciæ populi. justitia et pietas. Franc. Conr. ab Hagenbach Eccl. Gath. Basil, can. et archidiac. ætatis suæ 46 ann. mortuus 13. decembris MDCCXXXIV. Tempora Conradus discrimine plena relinquens, * In cœlo æternæ gaudia pacis habet.“

derniers, et spécialement à réformer les commis comme une nouveauté très préjudiciable à la patrie, à se rendre obéissants et à s’acquitter dûment des charges et droits, tout comme il appartient à un bon sujet qui aime l’ordre et la paix. Un délai de dix jours avait été fixé aux rebelles pour donner une réponse et déclaration catégorique, au défaut de quoi et en cas de résistance ultérieure, ils devaient s’attendre à ce que les cantons alliés se croient obligés d’exécuter et accomplir les obligations qu’ils ont en vertu de l'alliance. — Le prince, lui aussi, avait de nouveau adjuré ses sujets de revenir au devoir, promettant le pardon à ceux qui se soumettraient, menaçant les coupables de sa colère, s'ils n’écoutaient, sa voix (25 mars 1735). — On avait même eu recours au P. Samuel Puât, capucin vénéré de la province suisse et frère du commis de Ghevenez. Ce religieux lui avait adressé une lettre destinée à être lue dans toutes les communes. Dans un langage simple et familier, il cherchait à démontrer aux révoltés la folie de leur conduite. „ Quand vous auriez tous les droits, disait-il, la manière extraordinaire dont l’on s’est servi pour agir contre le prince, rendra partout votre cause condamnable . . . Quand vous seriez encore plus forts dans le pays, si les cantons suisses ont pris le parti d’aider au prince, ils n’en démordront jamais, et supposé que vous résistassiez par une fois, ils en enverront d’autres qui vous traiteront encore avec plus de rigueur . . . Vous voyez à présent tout le monde résolu à combattre jusqu’à la mort, oh ! qu'il est facile de faire le vaillant soldat quand on n’a point d’ennemis à combattre! . . . Quand on verra la force à vos portes, vous entendrez pleurer vos enfants, gémir vos épouses; et plutôt que de périr, une grande partie iront se jeter aux pieds des ennemis pour demander grâce, el je suis persuadé qu’on la fera, cette grâce, pour ceux qui n’auront point été les chefs ; mais pour vous, si vous persistez jusqu’à la fin, vous vous trouverez avec Pierat Petinnat tout seuls, et il ne sera plus temps de gémir dans un affreux cachot ... Le bruit se répand qu’on se dispose, à Soleure et à Lucerne, à envoyer une grande force dans le pays pour vous obliger à vous soumettre au prince; mes meilleurs amis, qui ont été dans ces villes, ont même vu les boulets de canon qu’on employra pour cela; c’est de quoy l’on m'assure de toutes parts . . . Ainsi donc, mon cher frère et vous tous mes autres frères et chers amis et compatriotes de Ghevenez et de tout le pays, je vous en conjure pour l’amour de Jésus-Ghrist, choisissez le meilleur parti et l’unique qui vous reste, de vous remettre à la discrétion de MM. les Etats, qui ne manqueront point de raccommoder avec leur prudence les choses auprès des louables cantons ... Je vous rappelle pour exemple récent la Neuveville dont nous sommes voisins. (Le P. Samuel était au Landeron.) J’ai vu moi-même, j’ai entendu comment ils faisaient les résolus; l'on aurait dit qu’il aurait fallu plusieurs mille hommes pour les réduire ; le canton de Berne en a envoyé trois cents, et ils se sont jetés à leurs pieds en tremblant ; il n'y a eu que les chefs qui en ont été la dupe; le petit maître a été condamné à mort, et un autre banni du pays: voilà ce qui vous arrivera . . . Berne a permis aux catholiques de passer sur ses terres; ainsi vous voyez que tout est en mouvement et tout conspire à vous perdre . . . “ (23 mars 1735.)

A toutes ces instances venant de tant de bouches différentes, les commis avaient répondu par l’ordre donné à toutes les communes de préparer les armes et de se tenir prêts à la lutte. Ils restaient sourds à la menace comme à la prière, comme aux avis de leurs plus chauds défenseurs. Les Etats réunis à Delémont

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