LA REVOLTE CONTINUE EN AJOIE
le 29 mars, avaient bien obtenu de tout l’évêché une déclaration par laquelle les communes s’engageaient à ne rien faire contre leur prince jusqu’à la conclusion de l’affaire portée à Vienne. L’Ajoie seule avait gardé le silence; seule, elle persistait dans sa révolte et sa rébellion.
Le prince, par un arrêt du 4 février 1735, avait cassé le tribunal des commis et leurs jugements: les commis siégeaient et jugeaient seuls, malgré les ordres de la cour. — A Porrentruy, on avait bien protesté de dévouement à Son Altesse (14 mai 1735), mais en même temps les conseils décidaient „que les portes du haut de la ville et du faubourg seraient désormais fermées nuit et jour, et que les clefs de toutes les portes seraient gardées sur la maison de ville, que la garde se ferait personnellement. — Chacun devra être muni d’une épée et d’un fusil bon et suffisant avec six coups de poudre et de plomb. En cas de bruit ou d’alarme, chacun se rendra aussitôt avec ses armes devant la maison de ville. — On se prêtera mutuellement toute assistance et défense en cas qu’on voulût attaquer la ville ou ses bourgeois et habitants. — Si des troupes se présentent aux portes, si leurs officiers refusent de déclarer par écrit qu’ils viennent comme amis, l’entrée leur sera fermée. — Aucun bourgeois, habitant ou résidant, ne pourra sortir ni coucher hors de la ville sans permission du magistrat. — Le pont du bourg (c’était celui qui servait de communication entre le château et la ville) sera fermé par des portes. — Les soldats de la cour ne pourront prendre logement en ville . . . “ La révolte contre le prince ne pouvait pas être plus ouvertement déclarée.
Jean Conrad craignit alors pour sa personne, qu’il voyait menacée: il demanda à ses alliés de la Suisse un renfort pour sa garde, qui était insuffisante à le protéger. Aux cris d’alarme jetés par le prince, les députés des cantons catholiques revinrent à Porrentruy, avec mission de promettre à l’évêque de Bâle le secours des armes suisses, s’il n'y avait pas d’autre moyen pour ramener la paix. On conçoit l'inquiétude que causa en Ajoie le retour des ambassadeurs; on les disait suivis d’un corps d’armée considérable chargé d’occuper militairement les villages rebelles. Aussitôt, une réunion générale de tout le pays est convoquée à Courgenay. Toutes les communes y envoient de nombreux délégués: les commis, les députés du peuple, sont tous présents: Pequignat préside l’assemblée. Au milieu du silence le plus profond, il rappelle dans le langage le plus familier ce que l’Ajoie a déjà fait depuis le commencement des troubles pour revendiquer les droits qu’elle croit lui appartenir. Au lieu de leur rendre justice, on cherche à les opprimer: on veut les écraser, leur arracher jusqu’au dernier lambeau de leurs libertés; les Suisses vont arriver à l’appel du tyran; c’en est fait de T Ajoie; envahie par les bataillons ennemis, elle subira les malheurs de la plus cruelle occupation. „ Unissons-nous donc une fois encore par le serment le plus solennel: jurons à la face du ciel de nous soutenir tous et restons fidèles jusqu’à la mort. Que chacun se procure des armes, des munitions; que chaque village ait jour et nuit ses gardes vigilantes; obéissez aveuglément à vos chefs et ne craignez rien; nous finirons par triompher et justice nous sera rendue . . . “ Spectacle étrange ! ce paysan parle et toutes les mains se sont levées, et de toutes les bouches s’échappe le même cri, le même serment. Devant le danger qui les menaçait, les révoltés avaient senti croître leur courage et grandir leur audace. — (8 septembre 1735.) Forts de l’appui du peuple, les commis font savoir aux députés logés au château de Porrentruy qu’ils sont prêts à repousser par la force les troupes suisses, dans