LE JUGEMENT DE L’EMPEREUR
l'empereur le ratifia le 12 mars. Aussitôt le bruit se répandit que le comte de Reichenstein était chargé lui-même par Charles YI de faire publier dans l’évêché la sentence de Vienne; on arguait de là qu’elle était favorable aux plaignants: ordre était déjà donné de par les commis de préparer chevaux et voitures pour aller en triomphe recevoir l’illustre comte aux frontières de l’évêché. Le prince dut, par une proclamation spéciale, démentir ce bruit et défendre tous préparatifs pour une arrivée que rien ne faisait prévoir (18 janvier 1736). L’assurance de la cour dépita les révoltés : quelques mots échappés aux officiers du prince, l’annonce d’une nouvelle arrivée de recrues pour la garde du château, l’air triomphant
Charles VI, empereur d’Allemagne.
D’après une gravure de 1728.
qu'affectaient les employés de la cour en parlant du jugement attendu de Vienne, tout cela inquiéta Pequignat et lui fit redoubler de vigilance pour tenir ses hommes prêts à l'heure suprême de la lutte. Il écrivit aussitôt à tous les commis, aux députés de toutes les communes une lettre qui devait rallumer dans tous les cœurs le feu de la révolte: „Vous serez avertis, disait-il, qu’il se faut préparer pour mettre en ordre ses armes et avoir de la munition . . . La résolution est prise qu’on se veut soutenir l’un et l’autre, tant la ville de Porrentruy que les villages, pour ses droits et privilèges. S’il y en a quelqu’un qui ne veut pas soutenir, il les faut remarquer comme cette méchante bande de Chevenez qui vont dans les villages pour aller solliciter le monde; il faut prendre - garde sur ces hommes pour les déchasser, et il faut faire les gardes la nuit ..." (18 mars.)