CHAPITRE XXXV
N’étant encore que lieutenant, il a connu le prince et les peuples très particulièrement plusieurs années avant la révolution et les troubles. Il était sur les lieux, quand la révolte arriva, et du depuis, il y a été plusieurs fois et longtemps, étant déjà capitaine. On peut donc s’assurer qu’il connaissait les choses dont il parle aussi parfaitement qu’il se puisse “.
Il a publié ses impressions dans un petit opuscule ayant pour titre: „Lettres d’un officier prussien à un de ses amis, contenant une. description abrégée de V évêché de Basle et une juste idée des troubles qui ont attiré dans ce pays-là, au printemps 1740, une visite des troupes françaises pour tes pacifier. u
Le petit livre in - 1 8 avait 118 pages et était imprimé à Bruxelles chez Jean Léonard, libraire-imprimeur, rue de la Cour, 1740. Il y avait à la fin du livre un permis d’imprimer donné à Bruxelles le 7 octobre 1740 et signé: H. J. Lambert, examinateur et censeur des livres. Oublié, inconnu des historiens de l’évêché, ce précieux document a été retrouvé, il y a quelques années, dans un galetas à Moutier et communiqué à l’auteur de cette histoire. Voilà donc un témoin contemporain, oculaire et auriculaire, impartial et indépendant qui vient porter son témoignage. C’est un officier protestant, envoyé par le roi de Prusse, Frédéric- Guillaume Ier, pour lui recruter ces géants qui formaient le régiment de ses gardes. Il réside dans l’évêché où il n’a que des relations passagères. Aucune attache à la cour. Il demeure à Moutier, il est ici et là. Les troubles arrivent, il n’y a aucune part ; il observe, il écoute, il raconte. Son récit est curieux, inédit. Il dit le vrai et il nous donne amplement raison. L’officier prussien n'est ni un jésuite ni un auteur ecclésiastique. Il parle de ce qu’il a vu et il paraît brave et honnête. C’est bien quelque chose. Nous citons ses propres paroles:
Je puis d’abord vous assurer que le défunt prince Jean Conrad, sous lequel les troubles ont commencé dix ans avant sa mort, était un excellent prince et un saint évêque. Et c'est ainsi qu’en ont parlé tous ses sujets, une vingtaine d'années et jusqu'à la fatale époque de 1726.
Jamais prince n’a moins mérité l’injurieuse épithète de turbulent que cet incomparable et auguste prélat. Il aimait tendrement ses sujets, et bien loin de leur vouloir faire le moindre tort, il les favorisait autant que possible. Il a toujours suivi les règles de la justice et les a fait pratiquer par ses officiers autant qu’il a dépendu de lui. Il avait l’àme si bienfaisante qu’une infinité de personnes en rendront témoignage, à moins qu’elles ne -soient ou lâchement timides ou des ingrats. Il chérissait particulièrement les hommes vertueux et il les avançait par degrés à proportion de leurs talents et de ce à quoi ils étaient propres. Et dès que parmi les gens en place, il en reconnaissait quelques-uns pour méchants et vicieux, il les bannissait de la cour et les privait de leurs emplois. Témoin entre autres, un conseiller qui fut ignomineusement chassé pour un soupçon d’adultère que Son Altesse croyait fondé. Puisque ce digne prince est mort, que je n’espère rien de ses proches de qui je n’ai pas même l’honneur d’être connu, et que je ne puis pas m’attendre que vous leur fassiez rapport de ce que je vous dis là, vous pouvez bien vous assurer qu'il n'y a que pure vérité. J’ajoute que si j'étais orateur et. que j’eusse à choisir un sujet pour avoir à dire les choses les plus dignes d’admiration, sans que j’eusse besoin d’exagérer, j’entreprendrais le panégyrique de ce prince merveilleux dans quelque bel et bon ouvrage, bien assuré d’avoir les remerciements du plus grand nombre de ceux qui ont eu l’avantage de le connaître