‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 308 sur 612 · EXCES COMMIS EN A.JOIE · texte numérisé non relu

EXCES COMMIS EN A.JOIE

aussi bien que moi et de remporter l’approbation de tous. Le feu prince a été fort à plaindre ; je ne dis pas pour la perte de ses droits, ni même pour les frais immenses que la révolte lui a causés, mais pour la tristesse infinie qu’il a ressentie pendant une dizaine d’années de voir des sujets qu’il aimait, courir et s’opiniâtrer à leur perte.

Pour ce qui est des peuples qui se sont rebellés, je puis aussi vous assurer qu’avant cette fatale année 1736 c’étaient de très bons peuples ; gens assez simples, sans être pourtant rien moins que stupides el sots; gens de la meilleure foi du monde, et entre eux et envers les étrangers; gens éloignés de tous ces vices qui rendent ailleurs la société d'un commerce si difficile et exigent des précautions perpétuelles. On pouvait dans ces pays-là voyager en tout temps ou seul ou accompagné, soit de jour, soit de nuit, sans y recevoir la moindre insulte, fùt-on, au vu et au su de tout le monde, chargé à la lettre d’or el d’argent. Voilà très sincèrement et très religieusement le caractère des sujets de ce bon prince.

Toutefois, on les a vus tout d’un coup refuser de payer au prince ses droits. On ne voulut plus déférer à ses mandements ni reconnaître son autorité. On a insulté à ses officiers et en bien des lieux, on s’est emparé de ses domaines. Il fallait que tout le monde se déclarât pour ce qu’ils appelèrent Franchise, Franchise, Liberté, Liberté, et malheur aux particuliers qui balançaient le moins du monde. Il y allait de la vie. En un mot, en moins de rien, toutes ces contrées se virent ou se mirent dans une indépendance tout entière, à la réserve que dans la ville et la vallée de Delémont, on conserva encore certains égards pour le prince et pour ses ministres. Une parfaite anarchie prit dans tout le reste la place de la subordination et avec elle s’introduisirent et ont duré jusqu’ici tous les maux que vous pouvez imaginer. Il n’y a rien qui ne se commette impunément, pourvu qu’on en ait le courage et qu’on soit du parti qu’ils appelent la Liberté.

•Fai vu à Porrentruy une marchande étrangère répéter d’un homme du pays d’Ajoie un dépôt qu'il ne niait point, parce qu’elle produisait actes pour cela et qu’on avait vu cet homme faire une vente publique des effets spécifiés dans l’inventaire. La justice du prince fit son cours, rendit sentence, condamna l'homme à restitution, etc. Mais comme les officiers de Son Altesse ne pouvaient rien exécuter, la pauvre marchande n’eut pour tous fruits de ses poursuites que les tristes frais de son voyage. Il en est de même de toutes dettes quelconques. Tout créancier en est frustré, si tel est le bon plaisir du débiteur. Dans un quartier des montagnes d'Erguel où sont quelques vacheries qu’on n’habite point en hiver, des gens du Munsterthal (pays qui est demeuré fidèle au prince) y en possédaient une. Un beau printemps, des rebelles d’Erguel devancèrent les propriétaires, s’emparèrent de la maison et de ses dépendances et jusqu'ici on n'a pu les en dénicher. ACorrenaux (Cornol), dans le pays d'Ajoie, l'hôte de l'ange n'ayant pu s’empêcher

Sceau de l’évêque Jean Conrad.

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